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HAL Id: hal-01319620 https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01319620 Submitted on 21 May 2016 HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of sci- entific research documents, whether they are pub- lished or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers. L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d’enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés. Dualisme et metaxu. Trois usages de l’intermédiaire chez Platon Olivier Renaut To cite this version: Olivier Renaut. Dualisme et metaxu. Trois usages de l’intermédiaire chez Platon. Methexis, Brill, 2014, 27 (1), pp.121-138. ￿10.1163/24680974-90000635￿. ￿hal-01319620￿ Méthexis XXVII (2014) pp. 121-138 DUALISME ET METAXU TROIS USAGES DE L’INTERMEDIAIRE CHEZ PLATON OLIVIER RENAUT ABSTRACT : This paper aims to offer a way of characterizing Plato’s dualism through his use of the intermediate (metaxu). There are three distinct uses of the metaxu : a) as an interval between two limits, b) as a median position between two extremes, and c) as a step towards a distinct and positive pole. The intermediate is that according to which the value of an interval or of an opposition can be justified as such, in order to have a better intelligibility of the realm of becoming. Plusieurs voies peuvent être empruntées pour caractériser le « dualisme » platonicien. Une première voie s’attache à énoncer quels sont les principes opposés qui composent ou structurent la réalité. Les prétendants sont nombreux : l’âme et le corps, le sensible et l’intelligible, les hommes et les dieux, la raison et le désir, le philosophe et ses fantômes. Malgré les effets d’échos et de correspondance, on ne saurait pourtant ramener tous ces dualismes à un couple fondamental sans tomber dans un esprit de système étranger aux dialogues de Platon. L’usage de ces oppositions a moins vocation à montrer comment les choses se distribuent au sein d’une réalité polarisée qu’à faire dépendre la réalité et la vérité de l’un des deux éléments de ces couples. Une seconde voie pourrait décrire non les couples d’opposés formant un système dualiste, mais plutôt un schème de pensée selon lequel la réalité est polarisée à travers des oppositions, des dichotomies, des positions de dualités. Plutôt que de s’attacher au contenu des oppositions, on pourrait s’intéresser plus formellement au fonctionnement d’une pensée « duelle »1. Il serait par exemple possible de montrer comment l’ensemble de la réalité, une couleur, un individu, une Forme, une mesure, ou encore un espace ou un temps, sont chez Platon saisis à travers une pensée duelle, qui polarise, assigne, divise, et découpe. Platon serait moins le philosophe du « dualisme » que le philosophe des « dualités ». Et cependant, les usages du « deux », du « couple », de la « dichotomie » ne sont pas homogènes dans les dialogues. Situer l’existence d’une réalité entre des contraires opposés (une certaine grandeur entre le grand et le petit) et cerner la partie d’un tout à partir d’un genre qu’on aura coupé en son milieu, laissant la partie gauche pour continuer la division sur la partie droite, ne sont pas des opérations [122] similaires2. Que la pensée platonicienne soit « dualiste » en un sens formel ne préjuge pas de l’homogénéité des opérations intellectuelles qui structurent le réel envisagé. Prenant acte de la pluralité des usages du « deux » dans les dialogues, une troisième voie pour caractériser le dualisme platonicien pourrait s’intéresser à la manière dont une dualité est constituée, dont deux pôles sont reliés entre eux. En ne partant pas de la dualité elle-même comme une donnée, mais en cherchant les 1 On trouvera chez THESLEFF (1999) un bon aperçu des problèmes des « dualismes » fondamentaux chez Platon (en particulier ch. II et III), que l’auteur tente de comprendre à travers un schème de pensée de la duplicité de niveaux pour un domaine donné. 2 DIXSAUT (2001) rappelle à juste titre pourquoi il n’est pas possible de s’en tenir à une « méthode » dialectique identique lorsqu’il s’agit de définir la division et le rassemblement dans le Phédre (ch. III). Olivier Renaut 2 opérations à la faveur desquelles elle est construite, c’est la notion d’intermédiaire que l’on redécouvre3. En effet, l’intermédiaire manifeste le type de liaison entre les deux pôles, selon qu’il est un milieu de transformation, un point médian, ou encore une entité qui donne une valeur à chacun des deux pôles qu’il relie. Sans prétendre systématiser la pensée duelle platonicienne, il s’agit d’essayer de reconnaître dans les usages de l’intermédiaire une certaine homogénéité. En ce sens, il ne s’agit pas d’établir une « pensée de la médialité »4 qui énumérerait les emplois et usages des intermédiaires pour eux-mêmes, mais simplement de prendre l’intermédiaire comme un outil de lecture de ce que Platon considère comme une dualité. Cette piste de recherche, qui consiste à caractériser les dualismes platoniciens par l’usage des intermédiaires, n’est pas nouvelle. J. Souilhé5, reprenant le mot de V. Brochard selon lequel Platon avait multiplié les intermédiaires, a tenté de montrer comment la philosophie platonicienne, marquée certainement par une forme de dualisme, s’évertuait à minorer systématiquement les ruptures que tout dualisme impose afin de manifester l’importance de liens et de passages entre des opposés d’une part, et le sensible et l’intelligible d’autre part. En examinant « d’une façon absolue quelle place tient dans cette philosophie la notion d’intermédiaire »6, J. Souilhé avait l’intention de rendre compte de l’unité des dualismes platoniciens en montrant qu’ils procédaient d’une description des « passages » d’un pôle à l’autre, tant dans la psychologie et la connaissance, que dans la politique, ou enfin dans l’ontologie et la métaphysique platonicienne. En un mot, il s’agissait par cette notion d’intermédiaire de montrer que Platon ne [123] souscrivait à une forme de dualisme que dans la mesure où il élaborait en même temps les conditions de liaison entre des entités opposées : la philosophie de Platon est, pour reprendre les termes de J. Souilhé, « conciliante »7. La notion d’intermédiaire permet donc d’unifier ce qui se donne comme séparé, de relier ce que la dualité donne comme un espace de constitution des réalités mélangées. L’ouvrage de J. Souilhé demeure la seule étude qui énumère de manière exhaustive les emplois des intermédiaires, dans tous les dialogues, et constitue encore un outil précieux pour l’établissement d’une typologie des metaxu. L’hypothèse de Souilhé se heurte pourtant à des difficultés liées à sa méthode d’investigation qui comporte deux présupposés. D’une part, J. Souilhé a ordonné son étude en considérant qu’il existait des domaines d’investigation déjà balisés : psychologie et connaissance, politique, physique et cosmologie, métaphysique et ontologie. D’autre part, les intermédiaires sont analysés à travers les pôles qu’ils relient, pôles que l’on suppose déjà établis. Du premier présupposé il s’ensuit que l’ouvrage de Souilhé reproduit, malgré lui, l’hypothèse de grands « dualismes » qui ordonnent les champs de la connaissance ; le second présupposé réduit l’intermédiaire à combler un vide entre les pôles, et minore ainsi sa fonction de médiation. Ainsi par exemple, la doxa, le thumos, la dianoia et eros, sont quatre intermédiaires dont on considère qu’ils relèvent de la psychologie8. Malgré les résonnances et les échos entre ces termes, il paraît impossible, voire absurde, 3 THESLEFF (1999) semble se désintéresser de l’intermédiaire en tant que tel (p. 28). Pourtant THESLEFF, (2002) indique l’importance pour Platon de multiplier les ponts (« bridges ») entre les deux niveaux d’un même domaine. 4 ALLOA (2009) donne un exemple d’une typologie des usages de metaxu chez Aristote, usages qui traversent tous les domaines d’investigation du Stagirite, du « moyen » dans le syllogisme au « milieu » de la sensation. Nous suivons cette intuition qu’il existe des usages homogènes et non homonymiques de metaxu dans les dialogues de Platon, sans présupposer qu’il existe une « pensée de la médialité » chez Platon. 5 SOUILHÉ (1919) 6 Ibid., p. 2. 7 « Le monde ne peut être un amalgame d’individualités éparses que rien ne relie et qui par nature devraient s’entre-détruire. De toute nécessité, il faut réunir ce qu’une vue superficielle laisse entrevoir comme dispersé au hasard des circonstances et ce rapprochement seul permettra une explication cohérente de tout être qui existe. C’est à résoudre ce problème que sont destinés les intermédiaires, c’est-à-dire des entités médiatrices qui, résumant en elles les caractéristiques des opposés, facilitent ainsi leur jonction. » Ibid., p. 4. 8 Ibid., p. 76 sq. Dualisme et metaxu 3 de les lier en une unité systématique, sinon à minorer l’importance des pôles que chacun de ces intermédiaires coordonne. C’est pourtant une forme de « système » des intermédiaires que J. Souilhé a recherché dans ce domaine9. En rapprochant et en comparant ainsi les intermédiaires, on ne fait plus alors que décliner les figures d’un dualisme fondamental, dont Souilhé ne cache pas qu’il le trouve dans le domaine de l’ontologie et de la métaphysique entre les Formes et le sensible, où les uploads/Philosophie/ renaut-2014-dualisme-et-metaxu.pdf

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