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(https://www.multitudes.net/) (https://www.multitudes.net/login/) Écouter Un environnement riche en cibles[[Paru dans le South Atlantic Quarterly, Duke University Press, hiver 1992, vol. 21, n° 1.. Deux nécessités impérieuses, pour le moins, ont surgi de la Guerre du Golfe. En premier lieu, le Congrès des États-Unis a l’obligation de se réunir pour élaborer un amendement à la Constitution, afin de garantir la séparation de la Presse et de l’État. Pour y parvenir, beaucoup de temps sera nécessaire – et un Congrès largement meilleur que celui que pourrait procurer l’argent, quelle qu’en soit la quantité, mais l’opération n’en serait pas moins indis- pensable pour nous protéger de l’effondrement, trop évident dès les premières heures des combats dans le Golfe, de la distance conventionnellement requise entre le corps constitué des médias et le corps constitué de l’État, res- pectivement engagés dans la guerre de répartition des images et la guerre stratégique pour les ressources pétrolières. Articles (https:/ /www.multitudes.net/category/archives-revues-futur- anterieur-et/archives-futur-anterieur/numeros-ordinaires/futur-anterieur- 12-13-1992-4-5/articles276/) L’écologie des images Ross Andrew (https:/ /www.multitudes.net/author/Ross-Andrew/) Partagez —> (http://twitter.com/home/?status=Reading L’écologie des images https://www.multitudes.net/? p=802) / (http://www.facebook.com/sharer.php?u=https://www.multitudes.net/l-ecologie-des- images/&t=L’écologie des images) L’esthétique techniquement douce de la guerre de la télé (que beaucoup ont comparée à une partie de Nintendo) a constitué le point culminant de ce que d’autres critiques ont, en nombre croissant, été amenés à appeler le com- plexe militaro-industrialomédiatique, concentré entre les mains d’un nombre constamment plus limité de proprié- taires de conglomérats. Par voie de conséquence, la logique de la guerre de la télé est devenue partie intégrante de l’expérience qu’ont eue maints spectateurs du développement, minute par minute, des opérations militaires dans le Golfe. Nombre d’entre eux se trouvèrent même transformés sans le savoir en baudrillardiens, à qui répu- gnait la fascination qu’exerçait sur les autres (mais jamais sur eux) le simulacre de guerre mijoté par le Pentagone et les réseaux médiatiques (la simulation d’une vue aérienne de Bagdad, telle que la perçoit un pilote de F-111, qui n’aurait pas envie d’en profiter ?) Les membres de l’Institut pour la Défense de l’Information – un groupe d’anciens employés du Pentagone désillusionnés – ont confirmé ce que beaucoup soupçonnaient : compte tenu du bon tra- vail assuré par les réseaux médiatiques, le Pentagone a décidé de ne pas diffuser aux États-Unis son propre maté- riel de propagande. Pour couronner le tout, les opposants à la guerre (moi y compris) n’ont pas marché sur le Pentagone mais sur les immeubles des réseaux télévisuels. Se voyant refuser l’accès aux lieux de production de l’industrie militarisée, intellectuels et militants ont eu le sentiment qu’ils avaient au moins un pied dans le proces- sus de fabrication des médias, mais la possibilité de “liaison” suggérée par la phase “complexe militaro-industrialo- médiatique” s’est souvent réduite à la description des professionnels des médias sous les traits de lâches ou de marchands de guerre. Tandis que les pontes de la télé recevaient le gros des coups, les industriels et les généraux ne cessèrent de rire tout au long de la route qui les amenait au port. Tout ceci ne signifie pas que les critiques du rôle des médias dans la guerre n’étaient pas justifiées, surtout lors- qu’elles s’en prenaient à l’exploitation belliqueuse par la télé des plaisirs populaires, embellis de racisme et de xé- nophobie. Cependant, dans une guerre ouvertement menée pour le contrôle des ressources pétrolières en voie de raréfaction (modèle, désormais, des éco-guerres du XXIe siècle auxquelles nous a préparés depuis si longtemps la science-fiction faussement utopique), nous ne pouvons oublier que le déploiement des feux d’artifice nocturnes dans le ciel du Golfe et le spectacle des bombes propres guidées vers leur but par le laser étaient aussi un avertis- sement explicitement convaincant pour les trente prochaines années de la guerre économique permanente, entre- tenue par le flux ininterrompu des fuels possibles bon marché. De telles images, quand on les rapproche de celles de champs pétrolifères du Koweit en feu, font partie d’une histoire qui concerne la signification écologique de la politique de guerre. A cet égard, les images les plus parlantes du Pentagone furent sans doute celles que nous a assenées une caméra montée sur une bombe glissante GBU-15, en route pour détruire les installations de pompage terminal de l’île ma- ritime de al-Ahmadi qui, nous diton, contrôlait le flux de quatre cent millions de gallons (1 gallon = 4 litre 54) de pétrole koweitien, répandus dans le Golfe avec insouciance. C’est ainsi qu’avec cette production officielle du Penta- gone, on nous a offert la perspective visualisée de l’Air Force américaine sous les traits du Capitaine de la Planète, menant la guerre contre l’éco-terrorisme par une action qui, à coup sûr, doit être classée comme la “première” photographique d’un militarisme “politiquement correct”. Le prélude à cette production bizarre peut être résumé au mieux par le titre de huit centimètres de haut dans l’édition de la veille du New York Daily News Saddam attaque la Terre ! – titre en apparence digne seulement d’un mauvais film de science-fiction. Le traitement médiatique des conséquences écologiques de l’hémorragie pétrolière ne fut pas moins aventuriste, ni moins fantaisiste : les varia- tions autour de l’ampleur des conséquences sur le cycle du golfe Persique furent dramatiques (les évolutions dou- blèrent de deux à deux cents ans). En l’absence de toute vision des soldats irakiens eux-mêmes, le flux de pétrole se répandant lentement dans le Golfe en vint rapidement à incarner pour le public occidental la plupart des traits diaboliques attachés à la pseudo-biologique “menace arabe”. La signification de l’hémorragie de pétrole ne se limita plus à l’iconographie traditionnelle du pétrole en train de se répandre ; elle fut complétée par une image d’archives d’un oiseau trempé de pétrole. Les récits de guerre, et le nouvel arsenal visuel de l'”écoterrorisme” donnèrent à cette fuite de pétrole un amas de significations supplémentaires. Quand il ne s’agissait pas, dans le langage du Pentagone, d’un “obstacle militaire” ou de “problème logistique”, la fuite de pétrole devenait une tâche que l’Occi- dent se devait d’effacer avec sa merveilleuse technologie. Qui pis est, cependant, elle devint la personnification (pétrolière) de la trahison arabe, qu’elle représentait comme la sombre et l’impénétrable perversion de Saddam Hussein ou l’inexorable et sinistre montée du nationalisme islamo-arabe. Si le marché pétrolier devint le principal acteur écologique au cours de la guerre, le spectacle des puits de pétrole koweitiens incendiés fut la vedette du dénouement offert par les médias. Ce spectacle fuligineux apporta rapide- ment satisfaction à nombre de besoins : tout d’abord, un désir occidental et, me semble-t-il, spécifiquement chré- tien d’images des feux de l’enfer appropriées aux temps de guerre, images largement répandues dans le sillage des raids sur Bagdad et Bassora mais que la censure militaire nous refusa; ensuite, le sens d’une fin du récit de la guerre, sous forme d’un rappel destiné au public occidental des buts à caractère pétrolier du conflit et de sa signifi- cation économique pour le Nouvel Ordre Mondial souhaité par Bush ; et enfin, au cœur des commentaires écolo- giques innombrables sur les changements climatiques, les pluies acides, le trou dans la couche d’ozone et la crise de la mousson dans le continent indien, un besoin de croire qu’il n’y a pas de vie dans le désert et qu’il n’y a donc pas de risques de dévastation écologique dans le désert. La marée pétrolière et l’incendie des puits incarnèrent les images de la destruction écologique qu’il nous fallait voir. Oublié le paysage lunaire créé par les bombardements en nappe des B-52, le bombardement ciblé de plus de quarante installations nucléaires et biochimiques, ou la destruc- tion systématique de l’infrastructure irakienne en matière d’adduction ou d’évacuation de l’eau. Oubliée l’érosion catastrophique vraisemblablement causée par la rupture de la surface supérieure du désert, maintenue en place par une croûte de micro-organismes. Oubliée la dévastation environnementale occasionnée par l’installation des deux armées – les dégâts dû aux ordures, aux eaux usées, aux produits toxiques produits par deux nombreuses populations étrangères de plus d’un million de personnes dans un désert dont l’éco-système est, à bien des égards, plus délicat que celui du Golfe. Ce sont là des histoires qui ne peuvent être racontées, soit en raison de la censure du Pentagone, soit parce qu’elles exigent plus qu’une analyse bien présentée et un ensemble d’images atroces. Il ne s’agit pas de mettre en doute l’ampleur désastreuse ni les conséquences de la marée pétrolière et de l’incendie des puits, dont le Pentagone était averti par ses propres recherches sur l’impact environnemental, confiées au La- boratoire National Sandia, à Albuquerque (entre autres). Mais rien d’autre ne pouvait rivaliser, en termes média- tiques, avec ces spectacles jumelés qui étaient destinés à meubler seuls l’histoire de l’environnement. Car cette his- toire était bâtie autour de la présentation du complexe militaire américain – le plus grand pollueur de notre pays, qui produit une tonne de déchets toxiques par minute en temps de paix – sous les traits du Capitaine Planète me- nant le combat contre les agressions causées à l’environnement. Ce fut là un des aspects les plus obscènes de la guerre – l’attribution de uploads/Philosophie/ l-x27-e-cologie-des-images-multitudes.pdf
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- Publié le Apv 11, 2022
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