1 Histoire des faits économiques et de l’entreprise Thème 3 : LES CRISES Arnaud

1 Histoire des faits économiques et de l’entreprise Thème 3 : LES CRISES Arnaud Diemer, Université d’Auvergne, 1ère année Licence Economie 2 Introduction I. NATURE ET CARACTERISTIQUES DES CRISES A. La crise dans le cycle Juglar B. Les cycles longs « Kondratief » C. Perspectives historiques des crises II. L’INTERPRETATION THEORIQUE DES CRISES A. L’école libérale et la crise de l’offre B. L’école keynésienne et la crise de la demande C. L’école de la régulation et la crise du modèle fordiste D. Schumpeter et la création - destruction III. LES CRISES CONTEMPORAINES A. La crise de 1929 B. La crise de 1975 C. La crise de 1992 D. La crise de 2007 3 INTRODUCTION C’est avec l’avènement du capitalisme comme système économique dominant dans l’Angleterre du 19ème siècle, qu’il convient d’associer la notion de crises. La dynamique du capitalisme, marquée par l’accumulation du capital et la croissance économique, n’est pas linéaire. Elle est sujette à des rythmes qui lui sont propres et qui s’expriment en particulier par des crises économiques dont il convient d’analyser le caractère, la spécificité, la nature… Au sens étymologique, le mot crise renvoie à un moment paroxystique dans l’évolution d’une maladie. Il est cependant possible de dissocier les « petites » crises (dites conjoncturelles) des « grandes » crises (dites structurelles), lesquelles remettent en cause le modèle économique, à l’image de la crise de 1929 ou de la crise de 2007. Dans le langage économique, la crise désigne le moment de retournement de la conjoncture économique, le temps de passage d’une période d’expansion ou d’essor assez soutenue à celui d’un phase de dépression ou de contraction plus ou moins longue. 4 Dans la suite de cet exposé, nous analyserons le phénomène des crises sous en trois temps. Dans un premier temps, nous commencerons par observer la nature et les caractéristiques des crises à l’aide des travaux de Juglar et Kondratiev. Nous pourrons ainsi comprendre l’émergence de ce concept. Dans un second temps , nous reviendrons sur les différentes interprétations théoriques des crises. En effet, il n’y pas d’observation sans théorie et de théorie sans observation. Ainsi les différents remèdes préconisés dépendent du schéma de pensée retenu.. Dans un troisième temps, nous examinerons la place prise par certaines crises dans l’histoire du capitalisme. Si la crise de 1929 est présentée comme la grande crise du XX siècle, il semblerait que l’économie mondiale soit soumise à une multiplication des crises depuis 1974. 5 I. NATURE ET CARACTERISTIQUES DES CRISES 6 L’observation des crises a permis de cerner leur origine, leur nature et leurs caractéristiques. Les monographies ont donné lieu à une interprétation en termes de cycles conjoncturels ou cycles longs; puis une analyse des crises financières. A. La crise dans le cycle Juglar Au XIXème siècle, l’économiste français Clément Juglar montra que l’activité économique est constituée d’une succession de phases : l’expansion, la crise, la dépression et la reprise. Clément Juglar est frappé par la régularité de ces phénomènes et il considère que la reproduction de ces phases se produit au cours des cycles d’une durée de huit ans en moyenne. De fait, 13 cycles Juglar se sont produits de 1825 à 1938. 7 Phase d’expansion : 1 Hausse de la production, des prix et des revenus Dvpt excessif des crédits Phase de crise : 2 Retournement de conjoncture Baisse des prix Réduction des crédits Recul de la production Phase de dépression: 3 La baisse des prix, de la production et des revenus se poursuit Phase de reprise : 4 Arrêt de la baisse des prix et des revenus Reprise de la production PIB Durée du cycle : 8 ans 8 Parallèlement, d’autres cycles plus courts furent observés, les cycles mineurs ou cycles Kitchin d’une durée moyenne de 40 mois, ainsi que des cycles spécifiques à certaines activités: cycle de bâtiment, cycle agricole (cycle du porc).... Cependant à partir de 1945, le phénomène ne s’observe plus de la même manière dans les économies occidentales. Ainsi, aux périodes d’expansion, succèdent des périodes de récession caractérisées, non par la réduction de la production, mais par la réduction des taux de croissance. En outre, bien que des baisses de prix, notamment sur les produits de base, puissent se produire, il n’y a plus, au cours des phases de stagnation économique, de baisse du niveau général des prix. Au contraire, la persistance de l’inflation accompagne souvent la récession, on appelle ce phénomène la stagflation. Enfin, on n’observe plus de périodicité régulière des fluctuations. 9 B. Les cycles longs « Kondratiev » C’et en 1922 que l’économiste russe N.D Kondratiev met en évidence l’existence de mouvements longs et concordants des prix et de la production (cycle d’une durée moyenne de 50 ans environ). A ces variations de prix correspondaient des variations de même sens des profits et de l’activité économique. Schumpeter a désigné ces ondes longues du nom de « cycle kondratiev » ou plus simplement de Kondratiev. Les prix et la production connaîtraient une succession de périodes d’expansion longue et de périodes de dépression longue, périodes encore désignées par François Simiand de phase A et de phase B du Kondratiev. Les phases longues ascendantes (25 ans environ) sont liées à la mise en oeuvre d’une ou de plusieurs grandes innovations : exemple de la machine à vapeur (1780 - 1810/1817), du chemin de fer et de l’acier (1844/1851), (1870/1875), de l’électricité, du moteur thermique et de la chimie (1890/1896), (1914/1920). Les innovations majeures donnent naissance à des branches motrices, elles sont à l’origine de vagues d’innovations ou de grappes d’innovations qui sont copiées par les entrepreneurs en dehors même des branches d’origine. Elles sont en effet l’occasion de profits supplémentaires et elles déclenchent de nombreux investissements. 10 Les phases longues de déclin (25 ans environ) succèdent aux phases ascendantes lorsque les branches motrices liées aux innovations principales arrivent à maturité ou entrent en déclin et lorsqu’il n’y a plus de possibilités nouvelles d’exploitation de ces innovations. Il n’y a donc au cours de ces phases une raréfaction des occasions d’investissement et de profit tandis que la concurrence entre les entreprises se fait de plus en plus destructrice. Trois Kondratiev ont été ainsi repérés dans l’histoire du capitalisme jusqu’à la seconde guerre mondiale : PHASE A PHASE B 1er Cycle 1789/1793 1816 1816 1847 2e Cycle 1847 1873/1874 1873/1874 1896 3e Cycle 1896 1920 1920 1945/1945 11 La dépression longue des années 1970 – 1980, survenant après une période de croissance accélérée d’environ un quart de siècle (les trente glorieuses) tend à accréditer l’idée selon laquelle cette succession assez remarquable constituerait les deux phases classiques d’un cycle long (4e cycle). Phase A Phase B 4e Cycle 1945 1970 1970 1990-1991 Entre 1991 et 2000, l’économie américaine a connu l’expansion la plus longue depuis 1945, dépassant même celle de 1961 – 1969. Elle a été suivie d’une nouvelle récession et d’une phase dépressive au début du XXI siècle. Certains n’hésitent pas à parler du 5e cycle Kondratiev. 12 C. Perspective historique des crises Il n’a pas de capitalisme sans crises financières. Charles Kindleberger a retracé sur longue période (du XVII siècle jusqu’à 1987) les grands épisodes qui ont déstabilisé les marchés, ruiner les institutions et redistribuer les richesses, on peut ainsi citer : -La crise des bulbes de tulipe (1634 – 1637) -La crise de la South Sea Company et de la Compagnie des Indes (1720) -Les crises engendrées par les guerres (huit entre 1713 et 1820) -La crise des chemins de fer et de canaux au 19ème siècle 13 Année Reprise Pays à l’origine Industries motrices Caractéristiques de la crise 1825 1831 Angleterre Début du chemin de fer, Exportation vers l’Amérique du Sud Spéculation sur les investissements latino-américains, crise boursière 1836 1843 Angleterre Constructions ferroviaires, canaux, sidérurgie, houillères Spéculation financière, crise financière 1847 1852 Angleterre Constructions ferroviaires, industrie textile, métallurgie Spéculation, crise du change 1857 1858 USA Constructions ferroviaires, navales, production d’or Spéculation, crise boursière 1866 1869 Angleterre Industries métallurgiques et houillères Spéculation, crise bancaire 1873 1878 Allemagne Constructions ferroviaires, essor industriel allemand et américain Krach boursier à Berlin, Vienne, New york 1882 1886 France Constructions ferroviaires, minières, métallurgiques Crise boursière, panique aux USA 14 En dissociant les quatre grandes périodes suivantes (étalon or, l’entre deux guerres, Bretton Woods, l’après Bretton Woods) et les quatre types de crises (boursières, bancaires, cambiaires, jumelles), Bordo et al (2003), Dehove (2003), Boucher (2003), Boyer, Dehove et Plihon (2004)… ont mis en avant les résultats suivants : La fréquence des crises financières (bancaires ou cambiaires) s’est accrue depuis l’abandon du système de Bretton Woods (1971). Ainsi la probabilité de subir une crise de change ou une crise bancaire pendant la période 1973 – 1997 s’élevait à 10 ou 13%. On voit ainsi réapparaître les crises bancaires et les crises doubles (bancaire et cambiaire) Les pays émergents (crise asiatique 1997-1998) sont touchés par les crises de change et les crises jumelles (notamment ceux ouverts à la globalisation financière). Il s’agit d’une combinaison de spéculation intense contre la monnaie nationale (méfiance dans la stabilité du taux de change) et uploads/Finance/ histoire-des-faits-economiques-et-de-l-entreprise-theme-3-les-crises.pdf

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  • Publié le Jul 01, 2022
  • Catégorie Business / Finance
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