Année académique 2017-2018 Séminaire d’initiation à la recherche – Bachelor Val

Année académique 2017-2018 Séminaire d’initiation à la recherche – Bachelor Valtchev Gabriel, Percussions Enseignant : Aurélien Poidevin L’improvisation libre 1 Tables des Matières : Introduction I/ L’improvisation libre A) Définition de la musique improvisée libre B) Limites II/ La composition liée à l’improvisation. A) La Composition B) Trans-disciplines Conclusion « Un apologue chinois évoqué par Jean Grenier illustre les conséquences imprévisibles en germe dans tout événement, et il traduit la naïveté d’une évaluation qui se voudrait rigoureuse mais resterait rivée sur une situation immédiate détachée du temps qui passe. »1 1 D. Le Breton , Sociologie du Risque, Que sais-je, Puf, 2 Dans une pratique instrumentale de l’improvisation libre qui m’est propre, il apparaît comme important d’appréhender la démarche artistique dans ce type de musique depuis les années 1950 dans le cadre des musiques expérimentales occidentales, et s’imprégner des questions, des problèmes, des écueils, et des solutions soulevés depuis, pour les revoir dans le contexte actuel, permettre d’accroître son champs de vision propre et accroître sa « liberté ». Pour beaucoup, l’improvisation libre se lit comme une volonté de couper les ponts, tabula rasa des traditions musicales antérieures, mais son utilisation et son intégration dans la composition montre effectivement un réel développement du processus et de la conception artistique musicaux enracinés dans une tradition musicale. Cette volonté de se détacher de l’influence est paradoxale et dépourvue de sens, comme il y a une opposition qui se créée entre une donnée et soi. La subversion est un acte fondamentalement lié au sujet auquel on s’oppose. En ce sens la table rase ne peut pas exister réellement pour une personne avec des connaissances musicales, même d’un individu sans éducation musicale, étant constamment exposé à de la musique. Il va de soi que la question se pose de la liberté dans l’improvisation musicale. Comment l’improvisation libre peut-elle préserver sa plasticité, et pourquoi s’y atteler ? 1) Définition de la musique improvisée libre Pour une meilleure compréhension, il faut d’abord définir les notions à évoquer, soit en premier lieu l’improvisation. « Une porte d’entrée possible pour cette ontologie serait l’opposition peircienne entre type et exemplaire (Peirce 1933)2. Le type est une structure abstraite qui peut être instanciée par une multitude d’exemplaires. »3 L’improvisation est donc « l’invention d’un type par l’exemplification de ce type », selon la définition proposée par Pierre Saint-Germier (2009, p.31)4. C’est en ce sens que l’improvisation s’oppose à la composition : dans l’improvisation la frontière entre le type et l’exemplaire de ce type est en 2 PEIRCE, Charles Sanders, « The Simplest Mathematics. Collected Papers of Charles Sanders Peirce », vol. 4, C. Hartshorne et P. Weiss éd., Cambridge, Harvard University Press, 1933. 5 DAVIES, Stephen, Musical Works and Performances, Oxford, Oxford University Press, 2001. 6 3 Clément Canonne. L’improvisation collective libre : de l’exigence de coordination à la recherche de points focaux. : cadre théorique. Analyses. Expérimentations.. Musique, musicologie et arts de la scène. Université Jean Monnet - Saint-Etienne, 2010. Français. <NNT : 2010STET2141>. <tel-00676796> 4 SAINT-GERMIER, Pierre, Improvisation et Cognition Musicale, Mémoire de Master 2 de Philosophie sous la direction de Jean Michel Roy, École Normale Supérieure Lettres et Sciences Humaines, 2009. 3 réalité inexistant, alors que la composition est un type qui se détache de ses exemplaires, ces- derniers le définissant. Qu’est ce que l’improvisation libre ? Il faut tout d’abord noter que l’improvisation libre a plusieurs noms, tels qu’ «improvisation générative », ou bien seulement « improvisation » , mais je n’utiliserais que le terme « improvisation libre ». La notion de liberté dans l’improvisation est essentielle et se doit d’être éclaircie. On pourrait penser que de part les connaissances antérieures à la performance d’une improvisation libre, nous sommes forcément liés à une multiplicité de facteurs extérieurs à notre conscience immédiate et spontanée, comme les idées artistiques, la pratique de la musique composée, l’écoute de la musique ainsi que son analyse, mais aussi l’influence d’autres arts, et que de fait l’improvisation ne peut pas être réellement libre. Il est vrai que la condition humaine implique de subir notre environnement et d’être un catalyseur de cette série d’évènements, mais ce n’est pas dans cette liberté « pure » dépourvue d’influence, liberté intangible et utopique, que l’on parle d’improvisation libre. « L’improvisateur libre ne serait donc pas tant celui qui s’est affranchi des conventions stylistiques et idiomatiques préexistantes (un improvisateur libéré, donc) que celui qui a la possibilité (de droit et de fait) de faire prendre à l’improvisation la direction qu’il souhaite, quand il le souhaite et d’essayer d’oublier ses heures de pratiques, ses conditionnements musculaires, ses idées sur l’improvisation libre dans le moment d’improvisation. » (Canonne, 2010) A) Limites Le musicien Derek Bailey, guitariste pionnier dans ce domaine définit l’improvisation libre comme « non-idiomatique ». On peut voir quelques limites dans cette définition, car l’improvisation libre érige elle-même des conventions et des interdits et des limites qui sont propres à celle-ci. On va retrouver sur le long terme des enregistrements d’improvisation qui montre des événements communs comme par exemple des « drone » ou sons tenus plus ou moins longtemps, pour créer une texture sonore. C’est notamment le cas dans des enregistrements d’improvisations de Derek Bailey et Jamie Muir5 de 1981,de l’enregistrement du batteur Chris Corsano lors d’un live dans le cadre du festival METEO6 , d’enregistrements de l’ensemble Insub Meta Orchestra7, ou bien du guitariste Fred Frith dans plusieurs enregistrements.8 Un des exemples de limite dans l’improvisation est l’interdiction ou limitation de l’usage de formes musicales stéréotypées, ce qui rendrait comme poreuse une certaine esthétique. 5 Derek Bailey / Jamie Muir - "Dart Drug" on Incus Records, INCUS41, 1981 6 Enregistré le 27/08/2014 à la Chapelle Saint-Jean de Mulhouse, dans le cadre du festival Météo - Mulhouse Music Festival 2014. Lien Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=hrgm72jjnxU 7 "12 unissons", Genève, 01.09.2016. Lien Youtube https://www.youtube.com/watch?v=LTbE6Oj67w4 : 8 Fred Frith - No Birds (1974) ,Guitar Solos 4 Par ces considérations, on en vient à se poser la question de si l’improvisation libre ne serait- elle pas un idiome ou un poly-idiome (Canonne, 2010) en soit, étant donné la présence de constantes et de variables musicales et réflexives réitérées à travers les périodes, ainsi que codes et de limites qui soient des connaissances communes ? L’improvisation libre requiert, pour mieux comprendre le phénomène de plasticité qui la définit, que l’on appréhende le discours des acteurs de cette pratique. Pour Derek Bailey, la vraie improvisation collective libre, c’est celle où les musiciens jouent pour la première fois ensemble. 9 Entre 1968 et 1994, il a organisé des rencontres entre improvisateurs qui jouaient ensemble pour la première fois, et créer de fait un cadre pour cette première rencontre musicale, la plus « vraie » et libre possible, qui s’intitulent les Company Weeks.10 On peut entendre ces première rencontre dans certains albums intitulés Company paru chez Incus Records. Ce rêve qui serait un peu fantasmatique et illusoire de l’improvisation libre, ce serait une sorte de lingua franca qui dépasserait les genres de musiques improvisées pour y trouver une connaissance commune. Pour prendre un parallèle avec la conversation, si on ne parle pas la même langue, notre échange d’information peut être qualifiée de libre ou pas. Cette question n’a même pas de sens parce qu’il n’y a pas réellement d’échange d’information. Pour que cet échange soit libre, il faut qu’il y ait le substrat minimum commun pour qu’on puisse se comprendre. John Tilbury, dans son entretien dans l’émission Le Cri du Patchwork, « Au centre de toute cette discussion est le mot liberté. Je crois que c’est le mot le plus mal utilisé, à mauvais escient […] Le mot spontané a une véritable différence entre la liberté et la spontanéité. La spontanéité vient d’un acte qui n’est pas réfléchi, alors que la liberté est au contraire une action manipulée, arrangée, réfléchie. Cette idée de spontanéité suggère qu’il y a plusieurs degrés d’intention. Lorsque je joue, quel est le niveau que je souhaite atteindre , que je n’arriverai pas à atteindre. Est-ce que les décisions que je prends en jouant, s’arrêter, continuer, sont-elles influencées par l’attitude, l’esthétisme, ou le temps ? Tous ces éléments entrent en jeu dans ma prise de décision. » 11 9 BAILEY Derek, 1999, L’improvisation : sa nature et sa pratique dans la musique, trad. I. Leymarie, Paris, Outre Mesure. 10 Les Company Weeks de Derek Bailey. Note sur un dispositif scénique pour la pratique de l’improvisation, Matthieu Saladin, 11 Le Cri du Patchwork, Emission paru chez France Musique le Mardi 31 octobre 2017 avec John Tillbury en invité. 5 L’idée que Tilbury met en valeur est la confusion entre les notions de liberté et de spontanéité. On pourrait admettre que la spontanéité est une composante possible de liberté, mais que les deux ne sont pas synonymes. Ceci impliquerait donc une recherche de fond axée sur l’accroissement de la liberté dans l’improvisation libre grâce à, par exemple, une pratique poussée de l’instrument collectivement ou en solo, mais aussi comment l’on devient libre sans dépendre de la spontanéité uniquement. La spontanéité peut être uploads/s3/ initiation-a-la-recherche-cours-dirige-par-aure-lien-poidevin.pdf

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