Guibot Sathya Philosophie anglaise Commentaire de texte Locke, Essais sur l’Ent

Guibot Sathya Philosophie anglaise Commentaire de texte Locke, Essais sur l’Entendement humain, II, 1, §6 Dans sa démarche empiriste, Locke cherche l’origine de nos idées. Selon lui, nos premières idées (qu’il appelle idées simples) proviennent de la perception externe et interne, de nos sens et notre sens interne (qui perçoit les opérations de notre esprit). Ainsi toutes nos idées proviennent de l’expérience, il n’existe aucune idée innée, car toutes sont formées à partir de celles provenant de l’expérience. Dans ce paragraphe qui analyse comment l’enfant acquiert des idées, Locke explique pourquoi nous avons cependant l’impression d’avoir des idées innées. En effet, ce n’est que parce que notre mémoire n’a pas marqué à quel moment nous avons reçu nos premières idées que nous avons l’impression de les avoir toujours eues. Or si nous estimons que nos idées sont innées, nous considérons que tout être pensant soit a les mêmes soit ne connait pas la vérité, et leur donnons une valeur universelle et éternelle. Or, comme le montre Locke, on pourrait contrôler quelles idées recevrait un enfant, et il croirait ensuite qu’elles sont innées et voudrait les imposer aux autres. Critiquer l’innéisme est donc essentiel pour garantir la liberté de penser. De « celui qui considère » à « pour la première fois », Locke expose sa thèse et explique d’où nous vient l’impression d’innéisme. Dans la seconde partie du texte, il démontre la possibilité de contrôle des premières pensées de l’enfant, permise par sa passivité. Selon Locke, toutes les idées s’acquièrent par expérience, l’innéisme n’est qu’une fausse impression. Locke nous invite à « considérer attentivement » l’enfant, et l’on voit dès lors sa démarche : il s’appuie sur l’observation, mais aussi l’attention, autrement-dit la conscience. Locke définit la conscience comme l’opération de l’esprit qui permet de savoir qu’on a des pensées et des sensations, il s’agit de notre sens interne. Donc Locke utilise à la fois ses sens externes et son sens interne, pour observer des faits. Et il observe que l’enfant à « son entrée dans le monde », c’est-à-dire sans expérience, est une page blanche. Les idées, objets de sa future réflexion, lui viennent par expérience, et donc « par degrés ». En effet, les premières idées viennent des sens, puis la conscience commence à travailler et donne les idées de réflexion (ou perception interne), et plus tard l’esprit forme des idées complexes en combinant des idées simples. Or conscience et mémoire vont de paire, c’est pourquoi les premières idées reçues par les sens ne sont pas ordonnées et datées, et paraissent innées. En effet, les premières idées proviennent des sens, alors que la conscience n’est pas encore formée. Comme Locke la définit au paragraphe 8, la conscience est un retour de l’esprit sur lui-même qui nécessite une certaine attention, or dans les premiers temps l’esprit de l’enfant est totalement tourné vers le monde extérieur. Seule la conscience peut donner une idée du temps, car celle-ci se forme par l’observation de la succession des sensations dans l’esprit. De plus, au chapitre 10, Locke explique que si l’esprit ne revient pas fréquemment sur les idées qu’il a, elles s’effacent petit à petit. La mémoire est donc bien liée à la conscience. Ainsi les idées de sensation laissent une empreinte dans l’esprit, mais sans que celui-ci sache à quand elles remontent, et a donc l’impression qu’elles sont innées. De plus, en général, durant nos premières idées, les mêmes objets se répètent autour de nous, et quand quelque nouvelle chose se présente nous la jugeons « inhabituelle », en la comparant aux autres, cela montre que nous avons déjà intégré les premières comme vraies et immuables. N’ayant pas conscience de soi, l’enfant est affecté par l’extérieur sans aucun filtre, et considère ensuite ses idées comme innées. Cela est dû à sa passivité, qui rend possible un contrôle de sa pensée. En démontrant qu’il n’existe pas d’idées innées, Locke pose le problème du contrôle de la pensée de l’enfant par l’extérieur. Le contrôle de la pensée de l’enfant est posé comme une hypothèse. Selon Locke, cela serait « sans doute » possible, « si cela en valait la peine ». En effet, une fois adulte, l’homme fait des idées complexes à partir des idées simples, et le contrôle n’est alors plus possible, l’homme se libère. Il est cependant possible de limiter les idées simples de l’enfant, car elles viennent de son expérience dans le monde. Locke examine ensuite comment l’enfant en situation normale reçoit passivement des idées, puis donne un exemple possible de contrôle de la pensée, pour montrer qu’en fait toute pensée est, au moins dans un premier temps, contrôlée. L’enfant en situation normale est toujours confronté à des objets extérieurs qui excitent la curiosité de ses sens. C’est pourquoi il ne porte pas d’attention à se qui se passe en lui, il n’a pas conscience de lui-même, et les objets impriment leurs idées sans aucun obstacle. Ce processus est passif, incontrôlable par l’enfant. En effet, la vue s’impose « dès lors que l’œil est seulement ouvert », les autres sensations « forcent l’entrée de l’esprit ». On ne peut échapper à ses sens, on ne peut que, une fois qu’on a conscience de soi, revenir sur les informations qu’ils nous transmettent, mais le fait est que les sensations existent, on ne peut les annihiler. Il serait possible de choisir quels objets doivent entourer un enfant, et ainsi choisir quelles sensations il aura. Car les premières idées viennent des sens, et ne peuvent se communiquer à quelqu’un autrement qu’en les faisant vivre. C’est le propre des idées simples, seule l’expérience les produit, l’esprit est donc incapable de les créer. On ne peut expliquer à un aveugle ce que c’est que le rouge, il faudrait qu’il le voit pour en avoir une idée. De même, on ne peut connaître le goût d’un aliment sans l’avoir jamais goûté. Et il en va ainsi de tous les sens, même si cela peut parfois sembler étrange, car précisément il existe certaines sensations que nous connaissons tous depuis le plus jeune âge. Or, selon l’exemple de Locke, si un enfant grandissait dans un lieu entièrement blanc et noir, il ne pourrait avoir aucune idée de l’écarlate ou du vert. Et celui qui voudrait les lui définir serait bien embêté, le seul moyen pour qu’il en ait l’idée serait de les lui faire voir. Le contrôle est donc possible. Chez ces deux enfants, les idées simples vont s’imprimer de plus en plus, et l’esprit les considérera comme des vérités immuables. Or si l’enfant qui n’a jamais vu que du blanc et du noir venait à voir d’autres couleurs, il se rendrait compte que la vérité n’était pas là où il la pensait être. Il faut que cette « qualité inhabituelle » se présente pour que nous nous rendions compte que nous n’avons pas d’idées innées. Or pour certains elle ne se présente jamais ou bien leur conscience est incapable de l’apercevoir, et ils restent persuadés des idées qu’ils considèrent comme innées. Donc, selon Locke, toutes nos idées proviennent de l’expérience. L’innéisme est une fausse impression, due au fait que nous ne savons pas quand nous avons reçu nos premières idées. Nous nous rendons compte de sa fausseté le jour où se présente une idée contraire à celles que nous tenions pour vraies et immuables, cependant encore faut-il être suffisamment conscient pour la saisir. Cette critique de l’innéisme a des conséquences notamment en morale, mais aussi dans les sciences, qui ont donc besoin de l’expérience pour être valides. uploads/Science et Technologie/ commentaire-de-texte-sur-locke-essais-sur-l-x27-entendement-humain-ii-1-6.pdf

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