Léonard Durand de Corbiac Etudiant n° 10806810 Sujet : Montalembert et Lacordai

Léonard Durand de Corbiac Etudiant n° 10806810 Sujet : Montalembert et Lacordaire, itinéraire politique de deux catholiques. Charles de Montalembert (1810-1870) et Henri Lacordaire (1802-1861) ont été liés d’une amitié vive et profonde. Cette amitié a couvert une large partie de ce XIXe siècle durant lequel les catholiques se sont disputés assez confusément sur le terrain politique. Les deux glaives du pouvoir temporel et spirituel n’étaient bien agencés pour personne et chacun tentait de frayer, plus ou moins vigoureusement, plus ou moins chrétiennement, un chemin aux libertés. Montalembert et Lacordaire furent de ces pionniers qui mirent leurs voix et leurs plumes au service de la Cité, agissant ici en chrétiens, là en tant que chrétiens, illustrant avant l’heure cette distinction1 proposée par Jacques Maritain. Le terrain politique sur lequel ils s’aventurèrent tous deux avait une étendue considérable : ils luttèrent pour les libertés en France, en Europe – Montalembert surtout – et d’une certaine manière dans le monde puisqu’ils s’engageaient aussi pour l’Église, pour la catholicité, en tant que chrétiens. Leur visée commune était « la gloire de Dieu, la liberté de l’Eglise, la dignité et la prospérité de la France.2 » L’itinéraire politique de ces deux amis est parsemé d’évènements riches déjà abondamment commentés par les historiens. Nous proposons d’en dégager quelques grands traits plutôt que de repasser une chronologie déjà connue. Montalembert était anglais par sa mère et européen par l’éducation qu’il reçut de son grand- père. Comme le dit Bernard Aspinwall, « la base de la philosophie politique de Montalembert était le romantisme. »3 La formule est à expliquer : la pensée de Montalembert s’est bâtie au fil des voyages nombreux qu’il fit en Europe, au gré de sa grande culture, des langues qu’il parlait, des personnes qu’il rencontra. Il fut durablement influencé par le charismatique et ambigu Lamennais pour lequel il quitta Le Correspondant en 1830, tenté par l’aventure de L’Avenir. Mais sans doute Lamennais l’influença-t-il plus dans la forme que dans le fond. 1 COTTIER Georges, o.p., « En tant que chrétien, en chrétien », annexe théologique III., in Journet-Maritain, Correspondance, vol. 2, Ed. Universitaires Fribourg Suisse, 1997, pp. 929-932. 2 CABANIS José, Lacordaire et quelques autres – Politique et religion, Gallimard, 1982, p. 117. 3 ASPINWALL Bernard, GADILLE Jacques, « Montalembert et l'Angleterre » (traduction J. Gadille), in: Revue d'histoire de l'Église de France, t. 56. n°156, 1970, pp. 3-16. 1 D’une part ce fond fut mouvant, comme on le sait et d’autre part, l’action politique de Lamennais « fut brève et sans grande portée » n’ayant pas forgé de doctrine, « ses idées n’étant pas vraiment originales. »4 Il rejetait comme lui toute forme de césarisme pour privilégier un conservatisme teinté des intuitions d’Edmund Burke. La question de tout régime politique est de bâtir un équilibre, et pour Montalembert, l’Eglise apparaissait être le moyen privilégié de réaliser cette tâche délicate. Le souci des structures hiérarchisées, la nécessité d’une aristocratie justifiée par les archétypes romantiques, tout ceci contribua à forger chez Montalembert un positionnement original. Il est ainsi terrifié par les méthodes capitalistes dans les usines lors d’un premier voyage en Angleterre, mais son souci des ouvriers demeure emprunt d’un certain paternalisme, comme d’ailleurs son engagement en faveur de l’abolition de l’esclavage5. Toujours est-il que l’on peut dégager un trait caractéristique de Montalembert : « son catholicisme a conditionné sa prise de position politique dans les questions du jour. »6 Si l’on doit retracer son itinéraire idéologique, on retiendra le glissement qu’il opéra, au fil des années, « catholique libéral, à mi-chemin entre le courant contre-révolutionnaire et le courant démocrate-chrétien »7. Montalembert, dès les premières années de son engagement politique, tâche de distancer l’Eglise de l’Ancien-Régime, de la réconcilier avec le monde moderne, portant sur la Révolution est les évènements un regard assez providentialiste. A la Chambre des Pairs, il prend surtout la défense du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et celle des libertés religieuses. Il joue un rôle net dans la nomination d’évêques plus libéraux8. Puis on le voit évoluer, proche du libéralisme catholique, encore assez contre-révolutionnaire en 1830, vers la démocratie libérale autour de 1852, attachement qu’il manifeste en 1855 dans un article du Correspondant9 et qui trouve son aboutissement dans le discours de Malines. Ce 4 MAYEUR Jean-Marie, Des partis catholiques à la Démocratie chrétienne, XIXe-XXe siècles, Armand Colin, col. U, 1980, p. 28. 5 On retiendra tout de même que cet engagement, imparfait peut-être, eut le mérite de la précocité. Dès 1831, il s’exprime sur ce point. En 1834, il adhère à la Société pour l’abolition de l’esclavage, dès sa création. 6 CONZÉMIUS Victor, DE LALLEMAND Pauline (trad.), « Montalembert et l'Allemagne », in: Revue d'histoire de l'Église de France, t. 56. n°156, 1970, p.30. 7 DREYFUS François-Georges, Histoire de la démocratie chrétienne en France, de Chateaubriand à Raymond Barre, Albin Michel, 1988, pp. 13-82. Voir également « PICHOT-BRAVARD Philippe, Le pape ou l’empereur – Les catholiques et Napoléon III, T empora, Paris, 2008, pp. 161-183. 8 BOUDON Jacques-Olivier, L’épiscopat français à l’époque concordataire, 1802-1905, Cerf, 1996, p. 272. 9 Numéro du 25 novembre 1855 dans lequel il distingue la bonne démocratie de la mauvaise. 2 glissement est notamment dû à la déception violente qu’il éprouva à l’égard du Second Empire, très vite après le coup d’Etat, mais certainement aussi à l’influence d’Henri Lacordaire. Ce dernier est un ambitieux de modeste origine. Dijonnais, gagné aux idées des Lumières et de la Révolution dont il récusera les excès, orateur extrêmement talentueux quoique régulièrement approximatif dans ses références historiques ou théologiques, il fut le grand restaurateur de l’ordre dominicain en France après avoir été un ardent – parfois violent – défenseur des libertés. « Ce n’est pas, écrit-il, l’esprit moderne qui nous attache, c’est l’esprit ancien dont s’arme encore l’esprit moderne par défiance contre nous, parce que nous l’avons repoussé, et c’est à nous de venir à son aide, de le purifier, de l’éclairer, de profiter de la liberté qu’il nous donne pour briser les servitudes du passé qui nous entourent encore. »10 Son témpérament de feu, romantique, emphatique souvent, lui vaut les perfidies de Sainte-Beuve qui rapporte dans ses Chroniques parisiennes, avant de le couler définitivement que « sa parole lui échappe souvent, il ne la gouverne pas. Montalembert et lui sont bien de la même volée. Ils représentent l’école romantique catholique, le de Maistre après coup […] » C’est Sainte-Beuve, évidemment. Mais il n’est pas souvent infondé. On s’amusera d’ailleurs de ce que Proudhon ait pu repprocher à l’archevêque de Paris le « dogmatisme relâché » du père Lacordaire11 ! Entre octobre 1830 et novembre 1831, les deux hommes sont pris par L’Avenir qu’a lancé Lamennais. Dans les colonnes du journal, ils prennent fait et cause pour la révolution belge puis pour l’affaire polonaise, symbole de leur combat, dans laquelle ils perçoivent un enjeu européen12. Les amis sont divisés sur l’attitude à observer. On y a d’ailleurs vu l’élément déclencheur de la rupture de Lamennais. Montalembert s’est indigné avec ce dernier de la politique pontificale qui appuie une soumission au Czar Nicolas quand Lacordaire tenait, quoique fort ému par la cause, à défendre la justesse dogmatique du bref pontifical appelant à la soumission, adressé aux évêques polonais. On sait la condamnation tacite des idées de L’Avenir par Grégoire XVI dans l’encyclique Mirari vos du 15 août 1832. On sait les 10 Lettre à Montalembert, août 1839, cité par HAQUETTE Jean-Louis, « Le prisme des Lumières », in : Histoire chrétienne de la Littérature de l’Antiquité à nos jours, dir. Jean Duchesne, Flammarion, 1996, p. 686. 11 LUBAC Henri de, Proudhon et le christianisme, Œuvres complètes, vol. III, Cerf, Paris, 2011, p. 121. 12 Sur ce sujet, voir DUVAL Alain, « Lacordaire et la cause polonaise. La "vie de St Dominique" menacée par l'index (1841) », in : Mélanges de l'Ecole française de Rome. Italie et Méditerranée, t. 101, n°1, 1989, pp. 419-429. 3 réactions que causa une telle condamnation chez les « pèlerins de la liberté », réactions différentes car Lacordaire exprime déjà certaines réserves par rapport à Lamennais. Finalement, face à la révolte croissante du maître de La Chênaie, il prit ses distances et rompit avec en décembre 1832, le désavouant complètement en 1834 après que Singulari nos eut condamné Paroles d’un croyant. La même année, après une correspondance soutenue, il parvient à emporter les résistances de Montalembert qui se résout finalement à se soumettre pleinement aux décisions du Saint-Siège. On peut toutefois observer que « L’Avenir demeura un mouvement d’idées »13. A rebours, l’initiative du « Parti catholique » fut plus concrète. Montalembert a progressivement fait figure de chef, depuis la Chambre des pairs et la tribune que lui donne L’Univers. Il a derrière lui sa campagne de 1836 pour la liberté de l’enseignement. En 1846, l’action du « parti » a un certain succès aux élections législatives. Mais il ne survit pas à la révolution de 1848 et se disloque en 1850, à l’occasion du vote de la loi Falloux. Depuis le début, il demeure fragile uploads/Politique/ lacordaire-et-montalembert.pdf

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