Le Bulletin d'histoire politique Publié par l'Association québécoise d'histoire

Le Bulletin d'histoire politique Publié par l'Association québécoise d'histoire politique n Accueil n L’Association n Présentation n Activités n Nous rejoindre n Le Bulletin n Présentation n Directives n Dernier numéro n Numéros précédents n Abonnement Accueil > Le Bulletin > Numéros précédents > Bulletin d’histoire politique, volume 16, numéro 2 > Bref historique du mouvement étudiant au Québec 1958-1971 Bref historique du mouvement étudiant au Québec 1958-1971 Lysiane Gagnon journaliste La Presse Maints historiens déploraient depuis longtemps que le manuscrit de Lysiane Gagnon sur l’histoire du mouvement étudiant québécois soit, trente-cinq ans après sa rédaction, toujours inédit. Écrit en 1971 pour servir de base documentaire au film d’Alain Dostie, («C’est votre plus beau temps», 1973), il était resté depuis ce temps dans les cartons de l’Office national du film. Avec la généreuse permission de l’auteure et de l’ONF, le Bulletin d’histoire politique a décidé de publier la ce texte, qui récapitule les étapes de la radicalisation progressive du mouvement étudiant. Jusqu’au début des années 1960, les étudiants n’étaient pas considérés comme une «classe sociale», ni comme un groupe susceptible de jouer un rôle dans la société. http://www.bulletinhistoirepolitique.org/le-bulletin/numeros-precedents/volume-16-numero-2/bref-historique-du-mouvement-etudiant-au-quebec-1958-1971/ Page 1 / 24 Leurs activités se limitaient au domaine des sports, les joutes inter universitaires canalisant parfois certaines aspirations nationalistes (exemple, les «finales» de hockey entre MGill et Montréal), ainsi qu’au domaine des loisirs, de la littérature, du théâtre et des arts. Les associations étudiantes, qui existaient notamment à Laval et à l’Université de Montréal, avaient essentiellement pour but d’organiser certaines activités para- académiques (le carnaval annuel par exemple),et aussi de servir de tremplin à des étudiants qui songeaient à s’orienter en politique, le nombre de dirigeants politiques qui se sont fait connaître à l’AGEL ou à l’AGEUM en témoigne. En ce sens, les associations d’étudiants universitaires constituaient de véritables «écoles de politique», politique étant ici entendu dans un sens de politique électorale traditionnelle. (On verra d’ailleurs que, par la suite, au cours des années 1960, les associations étudiantes ont conservé ce rôle de tremplin). Aux yeux du public, les étudiants avaient alors une image assez sympathique et inoffensive: c’étaient les «carabins» à qui on pardonnait volontiers quelques fresques… ils «profitaient de leur jeunesse» avant de déboucher, parchemin en mains, sur le marché du travail et dans la monde «sérieux» des adultes. L’amorce d’un changement C’est vers la fin des années 1950 (plus précisément au moment où le régime duplessiste commençait d’être sérieusement contesté par plusieurs corps intermédiaires et par des journaux comme Le Devoir) que se manifeste l’amorce d’un changement en milieu étudiant… où, exception faite de quelques intellectuels marginaux qui participaient de près ou de loin au courant de Cité Libre ou du PSD, on n’était guère porté à la critique du régime politique. Signalons le rôle de «suppléance» que jouait, dans ce contexte, la Jeunesse étudiante catholique, assez solidement implantée dans les collèges classiques. La JEC avait déjà, mis en place ce qui allait plus tard devenir la Presse étudiante nationale (PEN), la «Corporation des Escholiers griffonneurs», et organisé quelques «ciné-clubs». Dans les collèges et les instituts familiaux, les militants de la JEC lançaient des idées inspirées de Mounier: le rôle du chrétien dans la cité, le rôle des laïcs dans l’Église, etc. La JEC n’était pas nationaliste. En milieu étudiant, une autre association lui faisait contrepoids sur ce plan: l’Association catholique de la jeunesse canadienne-française, contrôlée par l’Ordre de Jacques–Cartier. En 1957, pour protester contre le refus. de Duplessis d’accepter des subventions fédérales aux universités, les étudiants de toutes les universités québécoises déclenchent une grève de 24 heures. C’était en même temps contester le gouvernement Duplessis et protester contre le fait que les universités se trouvaient entravées dans leur développement faute de fonds. À la suite de cette grève, trois étudiants de l’Université de Montréal (Francine Laurendeau, Jean-Pierre Goyer et Bruno Meloche) vont faire le pied de grue dans l’antichambre du bureau du premier ministre, dans le but de lui faire part des revendications des étudiants. Les «trois» ont l’appui des associations d’étudiants universitaires. Pendant trois mois, ils se présenteront au bureau de Duplessis sans que ce dernier ne leur accorde une entrevue. Cette occupation symbolique durera jusqu’à l’été. (Signalons que le président de l’AGEUM, cette année-là, s’appelait Jean Cournoyer). L’année suivante, plusieurs milliers d’étudiants manifestent dans les rues de Montréal contre l’augmentation des billets de tramway. Chez les étudiants les plus informés, on commence à se préoccuper sérieusement de ce qui se passe au Québec, on suit de très près la grève de Radio–Canada, on lance les Jeunesses sociales-démocrates (où militent vers cette époque quelques-uns des future leaders de la PEN et de l’AGEUM). Le Quartier Latin, sous la direction de Pierre Martin, est devenu un organe de critique du régime duplessiste. Dans les collèges montréalais, il se produit une certaine libéralisation en ce qui concerne la littérature et les arts: dans les journaux étudiants, c’est l’époque des poèmes. Les journaux collégiaux n’abordent pas la question politique (les rédacteurs dans l’ensemble ne s’y intéressent guère, et de toute façon, les http://www.bulletinhistoirepolitique.org/le-bulletin/numeros-precedents/volume-16-numero-2/bref-historique-du-mouvement-etudiant-au-quebec-1958-1971/ Page 2 / 24 règlements l’interdiraient), mais on commence à se poser des questions en ce qui concerne, par exemple, la morale traditionnelle: les fréquentations garçons-filles, l’Index, le mariage étudiant, etc. Chez les étudiants dits «intellectuels», le courant qui prédomine, c’est l’anticléricalisme, le besoin d’abolir la censure du livre, du cinéma. À noter qu’on ne remet pas en question le principe d’autorité qui régit les maisons d’enseignement: on se satisfait que la direction se montre plus ouverte, plus libérale. On revendique très peu, et d’ailleurs les outils manquent, puisque dans les collèges, les étudiants ne sont pas organisés. À l’Université, on commence, timidement, a parler de «syndicalisme étudiant». Le Quartier Latin publie la Charte de Grenoble (adoptée par l’Union nationale des étudiants français après la guerre), qui porte sur «les droits et devoirs de l’étudiant», considéré comme «un jeune travail intellectuel». On parle de liberté académique (le droit à l’expression pour les professeurs et pour les étudiants, ce qui équivaut justement à ce besoin d’une société plus libérale dont on parlait plus haut), on commence à s’intéresser à la question du présalaire, à celle de la gratuité scolaire. Comme au cours des années précédentes, c’est autour de la faculté de Droit que s’organisent les revendications étudiantes; c’est d’ailleurs là que se forme le comité d’éducation de l’AGEUM, comité qui prendra une importance considérable dans la définition du syndicalisme étudiant. Ce concept, alors nouveau au Québec, s’inspirait, on le sait, de la Charte de l’UNEF. C’est au comité d’éducation qu’on travaille à adapter ces principes à la société québécoise, plus précisément à l’étudiant québécois. Les revendications charriées par le syndicalisme étudiant resteront longtemps essentiellement bourgeoises: ainsi, la lutte sera centrée sur l’objectif de la gratuité scolaire, plus précisément sur l’abolition des frais de scolarité des universités. Les politiciens eurent ensuite beau jeu de rétorquer que la collectivité québécoise n’avait pas les moyens de défrayer les études universitaires des fils de la classe bourgeoise et de la classe «moyenne», les seuls, pratiquement, à pouvoir se rendre jusqu’à l’université. Néanmoins, on verra que chez les étudiants les plus politisés, la lutte pour la gratuité scolaire à tous les niveaux débouchera sur un autre plan d’inspiration sociale celui-là: pour eux, l’abolition des frais de scolarité à l’université entraînerait logiquement la socialisation des professions. Dans la mesure où le peuple «paierait» la formation des futurs «professionnels», ces derniers devraient accepter certaines formes d’étatisation du droit, de la médecine, etc., réviser leur conception de l’administration publique. Mais on verra tout à l’heure que si l’objectif de la gratuité scolaire a pu galvaniser, à certains moments, des milliers d’étudiants, le principe de la socialisation des professions n’a jamais réellement touché l’ensemble du monde étudiant. Le déblocage Reprenons le fil des événements. Duplessis mort, Sauvé accède au pouvoir. Ce sont les «1,000 jours» qui constitueront l’amorce d’un immense déblocage au Québec. Les tendances déjà latentes en milieu étudiant vont prendre de l’ampleur. 1960: simultanément, on assiste à la victoire du Parti libéral, à l’émergence du mouvement indépendantiste (le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) est fondé l’année suivante), à la naissance, à travers le Québec, des boîtes à chansons (c’est quelques jours seulement avant la mort du premier ministre Sauvé que s’ouvrait, à Val-David, la première «boite», la Butte a Mathieu). C’est donc à la faveur des débuts de la «révolution tranquille» que se développe le mouvement étudiant, et qu’émergent les véritables pionniers du syndicalisme étudiant: Bernard Landry, d’abord président de la Faculté de droit, qui allait devenir en 1962 président de l’AGEUM; Pierre Marois, d’abord président du comité d’éducation de l’AGEUM, qui allait ensuite succéder à Landry à la présidence de l’Association; et puis les jeunes journalistes étudiants qui allaient œuvrer soit au Quartier Latin (Jacques http://www.bulletinhistoirepolitique.org/le-bulletin/numeros-precedents/volume-16-numero-2/bref-historique-du-mouvement-etudiant-au-quebec-1958-1971/ Page 3 / 24 Guay, Jacques Girard, etc.), soit dans les journaux de collèges et à la Presse étudiante nationale (Gilles Gariepy, Paule Beaugrand-Champagne, etc.). L’expansion du mouvement étudiant se trouve favorisée par l’octroi de nouveaux crédits au système d’enseignement et aux universités, par la fondation uploads/Politique/ bref-historique-du-mouvement-etudiant-au-quebec-1958-1971-lysiane-gagnon.pdf

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