DISCOURS PHILOSOPHIQUE, DISCOURS LITTÉRAIRE : LE MÊME ET L'AUTRE ? Frédéric Cos
DISCOURS PHILOSOPHIQUE, DISCOURS LITTÉRAIRE : LE MÊME ET L'AUTRE ? Frédéric Cossutta Collège international de Philosophie | Rue Descartes 2005/4 - n° 50 pages 6 à 20 ISSN 1144-0821 Article disponible en ligne à l'adresse: -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- http://www.cairn.info/revue-rue-descartes-2005-4-page-6.htm -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Pour citer cet article : -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Cossutta Frédéric, « Discours philosophique, discours littéraire : le même et l'autre ? », Rue Descartes, 2005/4 n° 50, p. 6-20. DOI : 10.3917/rdes.050.0006 -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Distribution électronique Cairn.info pour Collège international de Philosophie. © Collège international de Philosophie. Tous droits réservés pour tous pays. La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorisée que dans les limites des conditions générales d'utilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la licence souscrite par votre établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie, sous quelque forme et de quelque manière que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit. 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Amossy et D. Maingueneau à « L’analyse du discours dans les études littéraires », parus aux Presses Universitaires du Mirail, Toulouse, 2003. Que ces auteurs soient remerciés de m’avoir permis de la reprendre. Ce texte proposé à titre programmatique s’appuie sur certains acquis théoriques et doit être associé à des études détaillées d’œuvres philosophiques de Platon, Descartes, Spinoza, Leibniz, Bergson, publiées ou en cours de publication. |1. Sur le problème épistémologique de la comparabilité des dis- cours, voir les travaux actuellement conduits par J.-M. Adam, C. Calame et U. Heidmann; C. Calame, « Interprétation et traduction des cultures. Les catégories de la pensée et du discours anthropolo- gique », L’Homme, n° 163/2002, p.51-78. J.-M. Adam, U. Heidmann, « Réarranger des motifs, c’est changer le sens. Princesse et petits pois chez Andersen et Grimm », dans Contes: l’universel et le singulier, A. Petitat dir., Éditions Payot, Lausanne, 2002, p.155-173. |2. Les notions d’« épistémê » liée à Foucault ou de « formation discursive » issue de l’althussérisme nous paraissaient devoir être reprises dans une nou- velle perspective. Voir l’effort en ce sens de S. Moirand et d’autres lors du colloque de Montpellier: De l’analyse du discours à celle de l’idéologie: les formations discursives, P. Siblot dir., Presses Universitaires de Montpellier-3. |3. Sur cette question, ou la question connexe de la fiction philoso- phique, voir J.-P. Courtois, Y. Seité (dir.), « Littérature et philosophie », Europe, n° 849-850, jan- vier-février 2000; les travaux de philosophes comme G. Lardreau, Fictions philosophiques et science- fiction, Actes Sud, Arles, 1988; P. Sabot, Philosophie et littérature. Approches et enjeux d’une question, PUF, Paris, 2001; ceux de sémioticiens ou linguistes comme J.-F. Bordron, Descartes. Recherches sur les contraintes sémiotiques de la pensée discursive, PUF, Paris, 1987; L. Danon-Boileau, Du texte littéraire à l’acte de fiction: lectures linguistiques et réflexions psychanalytiques, Ophrys, Paris, 1995. Signalons un livre en préparation: La Fiction des philosophes, M. Ali Bouacha, F. Cossutta éd. Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 186.204.255.191 - 11/03/2014 03h57. © Collège international de Philosophie Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 186.204.255.191 - 11/03/2014 03h57. © Collège international de Philosophie CORPUS On s’attachera à mettre en évidence, par la lecture de Platon, Descartes, Leibniz, Spinoza et Hegel, des critères distinctifs permettant d’expliquer en quoi ces œuvres ne sont pas « littéraires », mais également par où elles s’ajointent secrètement à leur propre fantôme fictionnel, à leur double narratif, romanesque ou dialogique, porte secrète par où la philosophie communique du dedans avec la littérature 4. Encore ne s’agit-il là, c’est un programme en cours, que d’une moitié du parcours, puisqu’il faudra faire le chemin inverse en partant d’œuvres qui se donnent ou sont désignées comme littéraires pour indiquer ce qui, de la philosophie, les hante ou les indiffère et chercher les « lieux » ou mécanismes de l’œuvre par où elle indique une « philosophicité » possible. En introduisant en 1995 la notion de « discours constituants », D. Maingueneau et moi pensions distinguer au sein du ou des discours, non pas seulement des « types » ou « genres » de discours, mais des formes plus générales déterminées par les rapports qu’ils entretiennent avec eux-mêmes et avec ceux qui les entourent 5. Les distinctions habituelles reposaient sur des critères normatifs, thématiques ou fonctionnels, mais pas sur une propriété intrinsèque les situant par rapport à la discursivité elle-même. Nous voulions comprendre ce qui distribue des régimes de discours, des espaces de chevauchement ou d’exclusion dont les configurations et les limites varient au fil du temps. Nous voulions surtout éviter de confondre les mécanismes discursifs et ce que disent les discours d’eux- mêmes, lorsqu’ils doivent se positionner les uns par rapport aux autres, pour asseoir leur légitimité, consolider ou reconquérir leur hégémonie. Les évaluations et étalonnements explicites qui présidaient à ces hiérarchisations ne pouvaient être retenus en tant que tels par l’analyse de discours qui, par principe, n’a pas de raison d’accorder plus de dignité à un texte littéraire qu’à un texte journalistique, à un texte philosophique qu’à un compte rendu d’entretien d’embauche. Certes, reconnaître que tous les discours, en tant qu’objet d’étude, ont la même dignité,sont assujettis à des contraintes communes,ne signifie pas méconnaître les valorisations liées à la représentation qu’ils se donnent d’eux-mêmes ou que leur confèrent les hiérarchies codifiées. Mais la question de la dignité particulière de tel ou tel type de discours, de la valeur de tel ou tel corpus ne se pose qu’en seconde instance. | 7 4. On sait que l’appartenance convenue des textes de Platon ou Descartes à la philosophie n’est pas si évidente si on considère les flottements d’assignation générique ou typologique qui ont pu avoir lieu pour certaines de leurs composantes (premiers dialogues de Platon, Discours de la méthode pour Descartes). |5. D. Maingueneau, « L'Analyse des discours constituants ». (En collaboration avec F. Cossutta), Les Analyses de discours en France, n°117 de Langages, mars 1995, Larousse, Paris, p.112-125. Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 186.204.255.191 - 11/03/2014 03h57. © Collège international de Philosophie Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 186.204.255.191 - 11/03/2014 03h57. © Collège international de Philosophie FRÉDÉRIC COSSUTTA L’expression « discours constituants » désignait les discours qui se donnent comme discours origine, discours garantis par une scène d’énonciation validante qui n’a pas à être elle-même garantie, discours qui par ailleurs se constituent comme garants et sources de la discursivité (ou au moins comme principes régulateurs de la discursivité): «Il y a constitution précisément dans la mesure où un dispositif énonciatif fonde, de manière en quelque sorte performative, sa propre possibilité, tout en faisant comme s’il tenait cette légitimité d’une source qu’il ne ferait qu’incarner (le Verbe révélé, la Raison, la loi) 6.» Il devenait alors possible, en comparant la scénographie, les codes langagiers, l’ethos, qui sont les registres sur lesquels joue ce rapport en boucle, de définir des formes spécifiques de constitution. Mais n’était-ce pas une catégorie trop fourre-tout? Elle permettait bien de reconnaître des discours qui incorporent dans leurs modalités fonctionnelles leur propre constitution, i.e. incluent la thématisation directe ou indirecte de leur statut discursif comme une de leurs propriétés intrinsèques, ce qui légitime à leurs yeux leur prétention à l’hégémonie dans le champ. Mais nous étions restés assez vagues s’agissant des discours qui se voyaient ainsi définis: « Dans l’état actuel de notre réflexion sont constituants essentiellement les discours religieux, scientifique, philosophique, littéraire, juridique. Le discours politique nous semble opérer sur un plan différent, construisant des configurations mouvantes à la confluence des discours constituants, sur lesquels il s’appuie, et les multiples traces des topoi d’une collectivité 7. » Cette liste est-elle exhaustive? Si l’article indique bien les rapports de tension qui les animent, il ne dit rien des configurations plus ou moins stabilisées qui définissent à un moment donné le système de leurs relations, sans doute parce qu’il aurait fallu, ce qui était exorbitant, penser l’ensemble de l’archive discursive et, pour cela, élaborer une théorie générale du discours. Afin de définir les propriétés discursives de l’activité philosophique, j’avais opposé, pour distinguer le philosophique de uploads/Philosophie/ cossutta-frederic-discours-philosophique-discours-litteraire-le-meme-et-l-x27-autre.pdf
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- Publié le Sep 13, 2021
- Catégorie Philosophy / Philo...
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