Les différentes profondeurs du dhikr Pour donner une première idée de la techni
Les différentes profondeurs du dhikr Pour donner une première idée de la technique du dhikr proprement dite, citons la description qu’en donne Al-Ghazali dans La revivification des sciences de la religion : « Après s’être assis dans la solitude, il (le sûfi) ne cesse de dire de bouche Dieu ‘Allâh, Allâh’, continuellement, et avec la présence du cœur. Cela jusqu’à ce qu’il parvienne à un état où il abandonne le mouvement de la langue, et voie le mot comme coulant sur celle-ci. Puis il en vient au point d’effacer la trace du mot sur la langue, et il trouve son cœur continuellement appliqué au dhikr ; il y persévère assidûment jusqu’à ce qu’il arrive à effacer de son cœur l’image de la locution, des lettres et de la forme du mot, et que le sens du mot demeure seul en son cœur, présent en lui, comme joint à lui, et ne le quittant pas. Il est en son pouvoir de parvenir à cette limite, et de faire durer cet état en repoussant les tentations ; par contre, il n’est pas en son pouvoir d’attirer à lui la Miséricorde du Très-Haut ». « L’invocation est une réalité intérieure dans laquelle l’Invoqué prend possession du cœur, tandis que l’invocateur est effacé et disparaît. Elle possède cependant trois écorces, l’une d’entre elles plus proche du noyau que les autres. La première couche représente le dhikr effectué par la langue seulement. L’aspirant invoque sans cesse avec sa langue, s’évertuant à se rendre présent par le cœur, puisque celui-ci doit consentir à être présent par l’invocation. Si on l’abandonnait à sa véritable nature, il errerait à travers les vallées de la pensée jusqu’à ce qu’il rejoigne le cœur. La lumière du cœur consommerait alors les passions ainsi que les esprits mauvais. Sa propre invocation prendrait le pas et celle de la langue s’affaiblirait, le corps et l’âme s’empliraient de lumière et le cœur serait purifié de tout autre que Dieu… Le cœur devient alors le réceptacle pour les inspirations et un miroir poli, capable de refléter les révélations divines et les perceptions gnostiques.» L’imam al-Ghazali dit que : « le dhikr en réalité, c’est la progression de l’emprise du Mentionné sur le cœur, tandis que le dhikr lui-même s’efface et disparaît (…). Le dhikr a trois écorces qui vont se rapprochant du noyau, le noyau est derrière elles, et les écorces n’ont d’autre mérite que de conduire à lui. L’écorce extérieure n’est que le dhikr de la langue.» On voit à travers cette description que la première couche du dhikr est la répétition à voix haute (avec la langue) du nom divin. Cette couche du dhikr de la langue admet elle-même différents degrés qui amènent jusqu’au dhikr du cœur. C’est la concentration de l’attention sur l’invocation qui permet de stopper les divagations mécaniques de la conscience. Le registre de la présence du divin se ressent dans le cœur par l’émotion et peu à peu l’attention descend dans le cœur. Ghazali parle de la descente du cerveau dans le cœur. « Il y a différents degrés de profondeur, la première écorce est « le dhikr de celui qui expérimente sans pratiquer la présence de Dieu. La deuxième est celle de qui prie avec sa langue et s’applique à la présence du cœur. La troisième est le dhikr de qui pratique continuellement la présence, sans effort, de manière que son cœur s’associe avec sa langue.». Ghazali ne mentionne pas la respiration dans sa description, mais la répétition du nom divin associé au rythme respiratoire est pourtant une caractéristique ancienne. Bistamî aurait dit : « Pour les gnostiques, la dévotion consiste en l’attention sur le souffle ». Shiblî aurait dit quant à lui : « le soufisme est le contrôle des facultés d’attention sur le souffle. » Les profondeurs du cœur Pour les Soufis, comme pour les autres mystiques en général, le cœur n’est pas considéré comme un organe charnel, mais il est le centre de l’âme. Selon le Coran, le cœur est l’isthme séparant les deux mers qui représentent le Ciel et la Terre. C’est le Centre qui permet le passage vers les espaces sacrés. Un hadith dit : « Ma terre ne peut Me contenir, ni ne le peut Mon ciel, mais le cœur de Mon esclave croyant peut Me contenir. ». Hallâj dit dans un poème : « J’ai vu mon Seigneur par l’œil du Cœur ». Le cœur est le seuil, là où il s’agit de fixer l’attention, la porte d’entrée vers le Profond. « Le cœur du croyant est à l’image d’une maison avec deux portes : l’une ouvre sur ce monde et l’autre vers l’au-delà.» « Ainsi Dieu ouvrit une porte (dans la maison du cœur) conduisant vers le jardin de Sa miséricorde (…). Alors Il ferma alors la porte pour éviter qu’il (le cœur du croyant) ne soit endommagé et il garda la clef et ne la confia à aucune de Ses créatures, pas même (les anges) Gabriel, Michel… Alors le Seigneur dit : « Ceci est Mon trésor sur Ma terre, le Lieu de Mon regard et la mention de Mon tawhid (proclamation de Mon unité). Je suis celui qui habite dans ce refuge. » Tirmidhi puis Al-Nûri ont traduit de façon imagée l’immersion progressive dans le cœur sous la forme d’une progression vers le centre d’un château. Al Nûri le décrit comme comprenant plusieurs demeures qui sont comme des cercles concentriques au centre desquels se trouve l’unité divine sur laquelle est posé l’arbre de la gnose qui s’étend jusqu’au ciel sous le trône de Dieu. Tirmidhi et lui distinguent quatre cœurs : la poitrine (sadr), le cœur (qalb), le cœur profond (fu’âd), le cœur caché (lubb) . Pour pouvoir réaliser la fusion avec Dieu, le croyant doit pouvoir franchir les différentes demeures (stations du cœur) jusqu’à arriver au centre (l’Unité divine). Tirmidhi décrit amplement dans ses ouvrages la lutte entre les passions et désirs de l’âme (nafs) qui se multiplient d’elles-mêmes et le cœur qui désire pureté et unité. « En effet, le cœur de l’homme est tenté par ce monde, enchaîné par le pouvoir des passions, intoxiqué et éloigné de l’Au-delà et rendu constamment perplexe vis-à-vis de Dieu le très-Haut. La certitude ne prendra jamais le pas en lui, car le contenu de son cœur tend vers ce qui est « autre que Dieu », par conséquent la tendance vers Dieu le très-Haut, n’a pas lieu.» Mohamed notre prophete sws a dit : « Il existe pour chaque chose un vernis qui enlève la rouille et le vernis du cœur, c’est l’invocation d’Allah. » « L’invocation est une chose puissante, elle le fait en sonnant des cymbales et des trompettes, car l’invocation s’érige contre tout ce qui n’est pas la Vérité. S’installant en un lieu, elle cherche activement à expulser son opposé. » Une fois franchies ses différentes stations, Tirmidhi affirme qu’il n’y a pas de limite à la profondeur du cœur : « Sache qu’il n’y a pas de limite à la profondeur des mers du cœur et qu’il n’y a pas de fin au nombre de ses rivières. » uploads/Litterature/ ethilr-chez-les-soufis.pdf
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- Publié le Apv 21, 2021
- Catégorie Literature / Litté...
- Langue French
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