à paraître. Bonvini, E. et Peyraube, A. (éds.), Encyclopédie des sciences du la

à paraître. Bonvini, E. et Peyraube, A. (éds.), Encyclopédie des sciences du langage. Dictionnaire des langues. Paris: PUF. BEDJA* Martine Vanhove (CNRS - LLACAN, INALCO, Université Paris 7) Mohamed-Tahir Hamid Ahmed (Université d’Ahlia) 1. Contexte historique et culturel 1.1. Le bedja (tu-beïawie) est une langue de tradition orale dont les premiers témoignages remontent au début du 19e siècle. L’étymologie associe ses locuteurs aux Blemmyes de l’antiquité. Seul représentant du nord-couchitique (phylum chamito- sémitique), le bedja est parlé à l’est du Nil entre la frontière soudano-érythréenne et le sud de l’Egypte. Les calculs lexico-statistiques montrent que ses rapports avec une partie du couchitique de l’est (afar, somali) et du centre (agaw), quoique faibles (20% de vocabulaire commun), sont deux fois plus importants qu’avec d’autres langues couchitiques orientales plus éloignées géographiquement, le sidamo et l’oromo. 1.2. Au Soudan, les locuteurs de bedja étaient, au recensement de 1998, quelque 1 100 000. Musulmans, ce sont des pasteurs pratiquant la transhumance dans des territoires possédés collectivement. Les terribles sécheresses des années 1980 ont entraîné un exode massif vers les villes. Les Bedjas sont organisés, sur une base territoriale et généalogique, en plusieurs groupes ou tribus. Certains sont devenus locuteurs d’arabe (Hamran, Ababda d’Egypte) ou de tigré (Habaab, la majorité des Bani Amer). Le bilinguisme bedja-arabe est en expansion, quoique déconsidéré pour les femmes qui vivent recluses au foyer. La société bedja valorise le respect de nombreux interdits dans le comportement et la parole. 1.3. Les dialectes bedjas sont mal connus, mais semblent peu différenciés. On distingue deux variétés principales, nord (miimhít beïáwie) et sud (gaaÖít beïáwie), elle-même subdivisée en deux régions : Sinkat, zone de transition, et le Gash soudanais. Le système vocalique fournit la base de cette division : voyelle i au sud, u * Cette synthèse est fondée sur Cohen, Morin, Roper, et le parler (méridional) du second signataire. 2 au nord et une tendance plus marquée au sud à l’allongement vocalique. En tout état de cause, les importants mouvements de populations de la fin du 20e siècle et le bilinguisme accru des hommes ont dû modifier les dialectes et leur répartition. 2. Phonétique - Phonologie 2.1. Consonnes Tableau 1 lab. apic. rétr. api.-alv. pal.-alv. vél. labio-vél. laryng. sourdes f t ÿ s ý k kw Ý sonores b d ï (ø) g gw nasales m n latérale l vibrante r continues j w h (ø), variante [ô] et aussi [g] chez les Amar’ar, peut alterner avec la rétroflexe ï dans le lexique bedja (øiwÝór / ïiwÝór ‘homme honorable’) et dans les emprunts (aøíin / aïíin ‘pâte’). Les Bishaarayaab la remplace par d (dábana pour øábana ‘café’). En l’absence de paire minimale, le statut phonologique de ø est incertain. Quelques ø existent cependant hors emprunts et sans possibilité d’alternance (giøøée ‘vraiment’). L’éventuelle existence d’une “palato-vélaire” (notée s’) dans le dialecte arteiga sont le résultat d’une erreur de lecture. Hudson caractérise en fait ce s’ (aussi noté ¯ ou S) comme une “palato-alvéolaire”, donc une chuintante ý. 2.2. L’opposition de cinq voyelles brèves, i, u, e, o, a, à cinq longues de mêmes timbres et degrés d’aperture n’est pertinente qu’en syllabe accentuée. L’opposition e/i est de faible rendement et les deux phonèmes tendent à se confondre. Hors accent, seule la voyelle brève o connaît une réalisation constante. 2.3. Cohen a déterminé que la forme canonique de la syllabe est (C)(‚/h)V(V)(C)(t), les types syllabiques les plus courants étant CV, CV(V)C, CVCt. Les suites de voyelles peuvent être séparées par un glide ou, pour les brèves, former diphtongue. Une syllabe peut être constituée d’une seule voyelle : ti.sa.íi.sa ‘tu préfères’. Il existe 3 en toutes positions des suites de deux consonnes, mais à l’initiale seuls sont tolérés les groupes à second élément laryngal (tÝá ‘maintenant’, mhíin ‘endroit’) et -t (fém.) à la finale (Ýawt ‘miel’) ; à l’intervocalique ils sont disjoints par le point syllabique : Ýáï.fa ‘écorce’. Les radicaux à trois (52,8%) et deux (39,3%) consonnes prédominent. Les premiers sont en majorité des emprunts au sémitique. La comparaison intra-couchitique et chamito-sémitique montre que de nombreux radicaux biconsonantiques sont des triconsonnes réduits. De même, des radicaux uniconsonantiques peuvent être d’anciens bi- ou triconsonnes. 2.4. Hudson avait noté deux tons moyen et descendant avant de les considérer comme des réalisations phonétiques tonales d’un accent phonologique. Les autres linguistes font du bedja une langue à accent de hauteur (avec contour descendant sur les voyelles longues). Dans les noms, sa place est conditionnée par la présence d’affixes et la structure syllabique du mot ; il ne remonte pas au-delà de l’antépénultième. Pour les verbes, elle est attachée au thème. 2.5. La reconstruction n’est guère avancée en bedja. Les rétroflexes correspondraient à la série des consonnes “emphatiques” (i.e. éjectives ou préglottalisées) du chamito- sémitique alors que la sifflante et la vélaire de cette série seraient passées aux consonnes simples correspondantes. Pour les occlusives labio-vélaires les correspondances intra-couchitiques indiqueraient qu’elles procèdent d’un état commun au moins à une partie du domaine. 3. Morphologie 3.1. Le bedja présente des caractères flexionnels et agglutinants. La délimitation entre les morphèmes est souvent discernable : w-háaý-ii-dha <ART-sol-GEN-vers> ‘vers le sol’. Il est aussi fait usage de la flexion interne par alternance vocalique, notamment dans le système verbal (rimid ‘venger’, rimad ‘se venger’), la dérivation verbo- nominale (bis ‘enterrer’, baas ‘fait d’enterrer’) et la formation des pluriels nominaux (luul ‘corde’, pl. lil). 4 3.2. Le mot est constitué d’un radical qui peut être soumis à l’alternance vocalique et muni de postpositions et d’affixes. Les préfixes nominaux sont peu nombreux : article, préfixe verbo-nominal mV- : mi-jáaj ‘fait de prendre’. Pour les verbes, outre la classe à conjugaison préfixale, on note deux préfixes négatifs (ka- et baa-) et un préfixe d’optatif (baa-). Les suffixes sont plus diversifiés : marques de cas, genre, nombre, conjugaison, coordination (-wa pour les noms, -t pour les verbes), possessifs, comparatif (-ka) et dérivation verbo-nominale (noms d’action (-ti), noms d’agent (-ana), gérondif (-a(a)), participe “présent” (-e(e)), participe “perfectif” (-eti)). 3.3. La morphologie du bedja distingue une classe de noms et une classe de verbes. Il ne semble pas y avoir de classe d’adjectifs, mais des verbes d’état ou de qualité qui peuvent s’employer en fonction qualifiante, au même titre, mais selon des procédés morphologiques différents, que les noms. Quelques verbes désignant des couleurs sont dérivés de noms par suffixation (eera “blanc”, eera-m “être, devenir blanc”). Avec l’afar, le saho, le somali et le sud-agaw, le bedja appartient aux langues couchitiques qui ont deux classes de verbes se différenciant par la place des morphèmes de conjugaison, soit suffixés, soit préfixés et infixés. Il possède le plus fort pourcentage de ces derniers (56%). 3.4. Il existe deux genres, masc. et fém., deux nombres, sg. et pl., et deux cas, sujet et oblique. Le genre n’est pas marqué dans le lexème mais indiqué par l’accord et les déterminants, dont l’article : au défini celui-ci est préfixé et composé d’une voyelle au masc., précédée de t- au fém. : i-dúura ‘l’oncle’, ti-dúura ‘la tante’ ; à l’indéfini le fém. est marqué par un suffixe -t aux deux cas : jaas-t ‘une chienne’. Sauf rares exceptions, l’opposition masc./fém. correspond aux différences sexuelles, mais elle est arbitraire pour les inanimés. Pour ceux-ci, l’article défini fém. permet en outre de former des diminutifs : i-koolaj ‘le bâton’, ti-koolaj ‘le bâton mince’. L’opposition cas sujet / cas oblique est marquée dans l’article par l’alternance vocalique pour les monosyllabes et les bisyllabes à première syllabe brève ouverte et voyelle autre que a : 5 sg. (t)uu- (S), (t)oo- (O) ; pl. (t)aa- (S), (t)ee- (O). Les autres types de radicaux ont un article invariable (t)i-. A l’indéfini, l’opposition est marquée par un suffixe -Vb au cas oblique masc. pour les noms à finale vocalique (baltú-ub ‘du millet’), et l’absence de marque au cas sujet. Les noms fém. ont -t aux deux cas : dee-t ‘une mère’. Cas, genre et définitude sont donc amalgamés à des degrés divers. Le rapport génitival est marqué par un suffixe -i (masc.) / -ti (fém.) ajouté au déterminant (ták-i kaam <homme-GEN/ chameau> ‘un chameau d’un homme’). Les noms à consonne finale ont plusieurs morphèmes de pluriel, externes ou internes : suffixe -a (rágad / ragád-a ‘pied(s)’, alternance vocalique (timbre et longueur), déplacement de l’accent (hawád / háwad ‘nuit(s)’). Ceux à finale vocalique restent invariables. Quelques collectifs sont basés sur des radicaux différents : tak / da ‘homme(s)’. Il existe aussi un singulatif -éjaaj (fém. + -t) pour les noms à valeur générique : Ýaggaa-éjaaj-t ‘une paille’. Le verbe distingue le genre seulement aux 2 et 3 sg. et le nombre à toutes les personnes. 3.5. La conjugaison verbale connaît trois modes, indicatif, conditionnel, impératif, et deux aspects, accompli et inaccompli (à l’indicatif). Le tableau 2 synthétise les flexions pour les deux classes de verbes à la forme de base (il y a des variantes dialectales pour les timbres vocaliques et les verbes dérivés n’utilisent pas le morphème -n-). Les flexions agglutinent, dans cet ordre, indices de personne, marques de genre et nombre et marques d’aspect et uploads/Geographie/ encyclo-bedja.pdf

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