IVème CONGRES de l’ACADEMIE de l’ENTREPRENEURIAT Paris 24-25 novembre 2005 Les

IVème CONGRES de l’ACADEMIE de l’ENTREPRENEURIAT Paris 24-25 novembre 2005 Les femmes et les immigrés ont-ils besoin d’un accompagnement entrepreneurial spécifique ? Jihene ZOUITEN (1), Thierry LEVY-TADJINE (1), (2), (3) (1) Laboratoire ERMMES-Université du Sud-Toulon-Var (2) A.L.E.X.I.S.-Boutiques de Gestion de Lorraine (3) Centre Universitaire de Technologie Franco-Libanais du Liban-Nord Laboratoire ERMMES Etudes et Recherches Méditerranéennes sur le Management des Entreprises Université du Sud –Toulon -Var BP 20132, 83957 LA GARDE CEDEX thierry.levy@alexis.fr jihenezouiten@yahoo.fr Résumé : L’entrepreneuriat féminin comme l’entrepreneuriat immigré et ethnique sont usuellement considérés comme entrepreneuriat de minorités. Ce statut et la singularité qu’il sous-tend, d’abord discutés et contextualisés dans cet article, suggèreraient qu’il y aurait lieu de mettre en place des dispositifs d’accompagnement spécifiques en direction des publics concernés. Cette évidence, questionnée par les faits, est ensuite discutée théoriquement et empiriquement dans ce travail en partant du constat que les réponses et leurs institutionnalisations diffèrent selon les pays. Alors qu’« Au nom de la conception dite de la discrimination positive, les américains s’attachent à aider les femmes, les minorités ethniques, les personnes handicapées à devenir entrepreneurs (…)» (Rapport BESSON, 1998), la pratique de la discrimination positive dans l’entrepreneuriat en France ne concerne pas les immigrés alors qu’elle concerne les femmes par le biais notamment, du Fonds de Garantie Initiative Femmes. Pour autant, les modèles d’analyse des deux phénomènes entrepreneuriaux semblent transposables. Leur transposition est l’objet de ce travail. Mots clefs : Entrepreneuriat féminin ; Entrepreneuriat immigré ; Accompagnement ; Modèles. 1 Les femmes et les immigrés ont-ils besoin d’un accompagnement entrepreneurial spécifique ? L’entrepreneuriat féminin (EF) comme l’entrepreneuriat immigré (EI) et ethnique sont usuellement considérés comme entrepreneuriat de minorités, notamment lors des colloques du RENT. Ils supporteraient alors une singularité commune vis à vis du phénomène entrepreneurial en général. Celle-ci n’étant pas évidente, nous nous proposons dans ce travail de la discuter et de la questionner dans un premier temps en montrant pourquoi et dans quelle mesure EF et EI peuvent être considérés comme des frères jumeaux. L’enjeu de ce débat n’est pas seulement d’ordre théorique. Les conséquences en sont surtout pratiques. Le recours à la métaphore de la gémellité suggèrerait une identité de traitement dans l’accompagnement. Or ce n’est pas le cas. Nous justifions cette différence en caractérisant l’E.I. et l’E.F. comme de faux jumeaux. Cette fausse gémellité n’empêche pas toutefois que les outils conçus pour analyser l’E.I. dans une perspective « dialectique et téléologique » (GREENE et al., 2004 ; LEVY-TADJINE, 2004) soient transposables à l’E.F. Cette transposition est discutée dans la seconde section 1. L’entrepreneuriat immigré et l’entrepreneuriat féminin : deux frères jumeaux. Malgré quelques différences, l’E.F. et l’E.I. partagent trois problématiques communes qui se retrouvent dans la littérature comme dans la pratique: 1. Les femmes comme les minorités ethniques ou immigrées sont souvent appréhendées comme étant victimes de discrimination sur le marché du travail. Leur entrepreneuriat est alors prioritairement perçu comme une stratégie de contournement. 2. Les uns et les autres sont également décrits comme subissant des discriminations dans l’accès au crédit ou à certains services au cours du processus entrepreneurial et dans la vie des affaires. Il en résulterait un business model et un style de management singuliers. 3. Malgré ces singularités avérées dans la littérature, femmes et immigrés peuvent aussi bien s’adresser à des réseaux d’appui et d’accompagnement génériques comme les Boutiques de Gestion qu’à des réseaux plus spécialisés comme le cercle des créatrices sur Forbach, ActionElle (spécialisés dans l’accompagnement des femmes créatrices), 2 Africum-Vitae pour les migrants d’Afrique, l’IRFED à Paris ou le Collectif des Femmes de Louvain-la-Neuve en Belgique à l’origine spécialisés sur l’accompagnement de femmes immigrées. Chacune de ces problématiques sera successivement développée, ce cursus permettant de discuter le degré de gémellité de l’EI et de l’EF. 1.1. EI et EF analysent l’ entrepreneur comme victime de discriminations. Les théories de l’EI décrivent l’entrepreneuriat comme un moyen pour l’immigré, d’éviter les discriminations qu’il percevrait sur le marché du travail (LIGHT, 1972; LIGHT, ROSENSTEIN, 1995). Les travaux sur la femme-entrepreneur développent une approche voisine tout en soulignant comme les précédents que le créateur est souvent également victime de discriminations, au cours du processus entrepreneurial, dans l’accès aux crédits ou aux services. Pour les chercheurs travaillant sur l’entrepreneuriat ethnique (WALDINGER et al., 1990), c’est ce mécanisme qui conduit les entrepreneurs migrants à s’appuyer sur des réseaux ethniques pour entreprendre. LEVY( 2002) a toutefois montré que dans le contexte français, la discrimination au crédit était difficilement observable ou du moins, qu’elle touche tous les micro-entrepreneurs. Bien que la thèse de la discrimination soit difficilement mesurable, la littérature sur l’EF l’a généralement reprise. Ainsi, dans son livre blanc sur l’entrepreneuriat féminin, l’équipe de FIDUCIAL n’est pas loin de penser comme WALDINGER en recommandant la création de réseaux de femmes-entrepreneurs à l’instar de Pluri-Elle ou d’Action-Elle…. Comme le souligne KANAZAWA (2005), l’écart dans les rémunérations qui est classiquement présenté comme un indicateur de la discrimination sociale dont seraient victimes les femmes par rapport aux hommes, s’explique surtout par les motivations psycho- individuelles des femmes qui, dans ses termes « ont beaucoup mieux à faire que gagner plus d’argent ». Quoi qu’il en soit, même si elle n’est pas fondée, l’invocation récurrente de la discrimination dans le débat ambiant génère chez les immigrés comme chez les femmes une perception de discrimination. Comme l’a suggéré LEVY-TADJINE (2004), ce sentiment perçu, même non fondé, est suffisant pour atrophier la Configuration Stratégique Instantanée perçue des porteurs de projet et ainsi les rendre plus pessimistes que les autres entrepreneurs1. A ces nuances sérieuses près, l’entrepreneur (femme ou immigré) serait conduit, de ce fait, à adopter un mode spécifique de management. 1 On est ainsi face à une logique proche des prophéties auto-réalisatrices. 3 Qu’ils s’appuient sur des réseaux spécifiques ou non, femmes et immigrés développeraient pour toutes ces raisons, un business model et un style de management spécifiques. 1.2.Un style de management spécifique LEVY-TADJINE (2004), LEVY-TADJINE, LANOUX, NKAKLEU (2004), NKAKLEU, LEVY-TADJINE (2005) ont montré que l’altruisme constituait une caractéristique fréquente de l’EI et de l’EF. Les mêmes conclusions ont pu être observées sur les entrepreneurs camerounais par NKAKLEU (2001). L’ethos de la notabilité, la recherche d’une importante position sociale dans la vie politique et dans la communauté prenaient le dessus sur l’ethos de la rentabilité, dans la motivation entrepreneuriale. Il en résulte alors des ambitions et des structurations financières singulières (pour EI comme pour EF) par rapport au commun des entrepreneurs. L’étude que nous avons réalisé auprès de 264 porteurs de projet en cours de création de Forbach (France) le confirme. Basé sur le modèle de YINGER (1986), notre travail visait à identifier si le fait d’être d’origine immigrée ou si le fait d’être femme affectait statistiquement le montant des emprunts bancaires sollicités et la rentabilité attendue. Notre formalisation générique, à tester, était la suivante: Yi = α+ β Ri + δ Si + χ Xi + ε I Yi désigne la variable expliquée, successivement, le montant des emprunts sollicités et la rentabilité attendue de l’investissement. Xi désigne l’ensemble des variables explicatives de contrôle envisagées dans nos différentes régressions (capitalisation, montant des investissements). ε i mesure classiquement la perturbation de la régression statistique. Enfin, les variables binaires Ri et Si permettent de situer l’individu et traduisent s’il est un immigré (R = 1) ou non (R =0) et s’il est une femme (S=1) ou un homme (S = 0). En estimant le modèle par les Moindres Carrés Ordinaires, on pouvait attendre un signe négatif des coefficients β et δ qui aurait signifié que les migrants et les femmes, lorsqu’ils entreprennent, sont plus hésitants à s’endetter que les autres et moins ambitieux en termes de rentabilité, comme le suggère notamment le travail de Nancy M. CARTER (2002) 4 sur des femmes créatrices aux Etats-Unis ou les travaux sur la “frugal attitude” pour les migrants (YOO, 1998). La faible propension à l’emprunt proviendrait à la fois d’aversions culturelles pour les immigrés, notamment les musulmans (TRIBOU, 1995), mais aussi des anticipations de discrimination au crédit que LEVY-TADJINE (2004) qualifiait de discrimination perçue2 ainsi que de la taille souvent plus réduite des projets portés par les femmes et les immigrés. Cette dernière explication justifie l’utilisation du montant des investissements comme variable de contrôle dans la régression. Les résultats obtenus pour la régression 1 (dont les résultats sont détaillés en annexe) sur l’emprunt sollicité sont assez intéressants même si le test de Durbin Watson à 5% révèle une corrélation positive des résidus. Les coefficients sont cohérents avec les explications théoriques avancées. Néanmoins, l’influence du genre sur le montant des emprunts sollicités s’est révélée non significative statistiquement. Le résultat préalable de CARTER (2002) semble infirmé et la proximité d’EI et d’EF s’en trouve mise en question. En revanche, l’influence du genre et de l’origine immigrée sur la rentabilité espérée est conforme aux attentes et significative comme le montre la régression 2. Femmes comme immigrés seraient statistiquement moins ambitieux que la moyenne dans leurs entreprises. Ce point commun confirme implicitement l’hypothèse d’un entrepreneuriat par dépit tout en suggérant la présence d’autres mobiles entrepreneuriaux que ceux usuellement uploads/Finance/ accompagnement-de-l-x27-entreprenariat-ethnique-et-feminin-zouiten-et-levy.pdf

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  • Publié le Nov 13, 2021
  • Catégorie Business / Finance
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